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Une rencontre qui déchaîne.

Est-ce que l’humain est possiblement un être libre de son passé ? Qui sommes-nous lorsque notre passé nous suit à la trace et nous rappelle sans cesse les blessures d’antan ? Notre passé marque notre présent et donne une empreinte à notre avenir. Est-il possible d’en changer ? Non, parce que l’on ne peut pas gommer l’histoire, elle est ce qu’elle est. Par contre, on peut guérir de son passé douloureux. L’histoire qui nous est racontée ici nous en offre une perspective quand Philippe rencontre un haut dignitaire de la cour royale d’Ethiopie, un eunuque.

« L’ange du Seigneur s’adressa à Philippe : « Tu vas aller vers le midi, lui dit-il, sur la route qui descend de Jérusalem à Gaza ; elle est déserte. » Et Philippe partit sans tarder. Or un eunuque éthiopien, haut fonctionnaire de Candace, la reine d’Ethiopie, et administrateur général de son trésor, qui était allé à Jérusalem en pèlerinage, retournait chez lui ; assis dans son char, il lisait le prophète Esaïe. L’Esprit dit à Philippe : « Avance et rejoins ce char. » Philippe y courut, entendit l’eunuque qui lisait le prophète Esaïe et lui dit : « Comprends-tu vraiment ce que tu lis ? » — « Et comment le pourrais-je, répondit-il, si je n’ai pas de guide ? » Et il invita Philippe à monter s’asseoir près de lui. Et voici le passage de l’Ecriture qu’il lisait : Comme une brebis que l’on conduit pour l’égorger, comme un agneau muet devant celui qui le tond, c’est ainsi qu’il n’ouvre pas la bouche. Dans son abaissement il a été privé de son droit. Sa génération, qui la racontera ? Car elle est enlevée de la terre, sa vie. S’adressant à Philippe, l’eunuque lui dit : « Je t’en prie, de qui le prophète parle-t-il ainsi ? De lui-même ou de quelqu’un d’autre ? » Philippe ouvrit alors la bouche et, partant de ce texte, il lui annonça la Bonne Nouvelle de Jésus. Poursuivant leur chemin, ils tombèrent sur un point d’eau, et l’eunuque dit : « Voici de l’eau. Qu’est-ce qui empêche que je reçoive le baptême ? » Il donna l’ordre d’arrêter son char ; tous les deux descendirent dans l’eau, Philippe et l’eunuque, et Philippe le baptisa. Quand ils furent sortis de l’eau, l’Esprit du Seigneur emporta Philippe, et l’eunuque ne le vit plus, mais il poursuivit son chemin dans la joie. Quant à Philippe, il se retrouva à Azôtos et il annonçait la Bonne Nouvelle dans toutes les villes où il passait jusqu’à son arrivée à Césarée. » (Actes 8, 26-40)

C’est la rencontre du hasard guidée par Dieu. Philippe quitte son service auprès des Samaritains vers qui il a remporté un succès incroyable puisque les relations mortes entre Juifs et Samaritains ressuscitent en reconnaissance mutuelles grâce à l’action de l’Esprit. Oui, le Livre des actes des apôtres est le livre des actes de l’Esprit libérateur de Dieu. On le voit à l’œuvre à travers ces petites gens issues du peuple comme Pierre un simple pêcheur de poissons sur le lac de Galilée, et tous les autres apôtres, des inconnus qui sont applaudis tous les soirs à 21h par la population reconnaissante… heu, ça c’est pour nous aujourd’hui… mais ç’aurait aussi pu être pour eux hier, tellement ce qu’ils offrent donne de la joie, remet debout et en marche des gens estropiés par la vie, dans leur corps et dans leur cœur.

Philippe va également être un de ces messagers de l’amour, de la paix et de la réconciliation. Pas moins que ça. Tout d’abord, il est envoyé mais ne joue pas à l’envoyé, il écoute. L’ange lui dit lève-toi. Ce verbe se lever est le verbe de la résurrection du Christ. Lève-toi comme le Christ a été levé d’entre les morts. Et cette rencontre est une vraie résurrection pour celui qu’il va rencontrer.

Philippe commence par écouter l’Esprit qui – sans GPS – l’envoie vers un lieu inconnu pour une rencontre improbable. Il voit arriver un char, tu parles… un char principal mais avec tout un cortège de subalternes et de serviteurs. Cet homme qu’il voit venir de loin est impressionnant par les apparats dus à son rang : il est administrateur général de la reine Candace. Autant dire un homme puissant, un homme brillant car il sait lire… même l’hébreu, c’est dire. De plus, il peut se permettre d’acquérir un rouleau du prophète Esaïe. Il lit couramment mais aura besoin d’un guide.

Voyons avant cela comment cette rencontre a lieu, c’est important pour toute démarche de vrai dialogue.

Philippe nous dit-on s’approche une fois que l’Esprit lui en a donné l’ordre. Philippe est à l’écoute du Seigneur et il se met à l’écoute de l’eunuque éthiopien : comprends-tu ? Il lui pose une question, il s’intéresse à ce qui intéresse l’autre, cet inconnu. Infinie délicatesse de celui qui se met à l’écoute de l’autre, alors qu’il sait tant de choses de la foi ; il aura l’occasion de partager. En attendant, il écoute, il questionne, il est à la disposition de l’autre qui l’invite à monter dans son char. Cette invitation à monter dans le char de l’autre est invitation à le rejoindre dans son histoire, dans son questionnement, sans imposer sa compréhension. Philippe est pédagogue car Dieu est patience et bonté, il s’en inspire et il écoute l’Esprit qui ouvre à la rencontre. Cela signifie que Philippe est disponible dans sa tête et par ses oreilles. Il n’a pas un objectif à atteindre d’ici la fin de l’entretien.

L’eunuque cherche et, là où il en est, a besoin qu’on le guide… alors Philippe a le feu vert pour lui déverser tout son catéchisme, tous les dogmes appris par cœur… hé bien, c’est pas ça du tout. On nous dit que Philippe ouvre le bouche (un hébraïsme pour signifier que ce qu’il va dire vient de la part de  Dieu) et « partant de ce texte » il lui annonce la bonne nouvelle. Encore un détail qui ne trompe pas : Philippe part du questionnement de l’autre pour le guider vers la source de la foi.

Ensuite tout va vite. L’eunuque se sent prêt car il a pu se faire une idée personnelle de cette bonne nouvelle. Il adresse sa demande d’être baptisé… d’une drôle de manière : « Qu’est-ce qui empêche que je reçoive le baptême ? » Y aurait-il un empêchement à certains d’accéder à la foi chrétienne et à le manifester par le baptême ? Pour l’eunuque il raisonne comme un prosélyte de la foi juive puisqu’il n’est pas né d’une mère juive ou membre d’une famille juive… et qu’en plus il est eunuque, c’est-à-dire interdit de se présenter au temple comme un membre à part entière. Avec la foi en Christ, il n’y a plus de barrière pour y accéder… l’eunuque donne alors l’ordre d’arrêter le char… l’histoire est suspendue… ils descendent tous les deux, mais un seul remonte… tout joyeux. Cette joie est à nouveau signe de la rencontre avec Dieu et, surtout ici, montre que l’eunuque peut à présent poursuivre son chemin sans dépendre de Philippe.

La pleine liberté est redonnée à cet ancien eunuque puisque dorénavant il est un éthiopien qui rentre chez lui avec au cœur une espérance qui transforme l’impossible en possible. Les chaînes invisibles du passé sont tombées, il est un homme nouveau dont le passé ne conditionne plus son avenir de la même manière. Il est rendu à lui-même, il est libre.

Quel est votre rapport à votre propre histoire de vie ?

Jean Biondina, pasteur