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Une nouvelle page de l’histoire s’ouvre

Impossible de dire à quel moment nous vivons une nouvelle page marquante de l’histoire humaine. Quand on essaye de donner de l’importance à un événement, on annonce que nous vivons un moment historique. On peut avec une certaine certitude dire que ce printemps 2020 est historique avec ce Coronavirus puisque cela touche quasiment tous les pays du globe dans une même période. C’est un moment unique que nous vivons. Cela part d’un foyer et se répand en peu de temps sur les autres territoires à une vitesse grand V du fait de la mobilité des personnes. Dans un autre domaine, celui de la foi chrétienne, le récit d’aujourd’hui a eu un impact totalement insoupçonné au départ par ceux qui en ont été les premiers témoins. Bien entendu il a fallu des siècles pour que son effet se déploie à toute grande échelle. Je vous invite à découvrir une petite partie de ce récit du livre des Actes :

« Le lendemain (…) Pierre était monté sur la terrasse de la maison pour prier ; il était à peu près midi. Mais la faim le prit, et il voulut manger. On lui préparait un repas quand une extase le surprit. Il contemple le ciel ouvert : il en descendait un objet indéfinissable, une sorte de toile immense, qui, par quatre points, venait se poser sur la terre. Et, à l’intérieur, il y avait tous les animaux quadrupèdes, et ceux qui rampent sur la terre, et ceux qui volent dans le ciel. Une voix s’adressa à lui : « Allez, Pierre ! Tue et mange. »  — « Jamais, Seigneur, répondit Pierre. Car de ma vie je n’ai rien mangé d’immonde ni d’impur. » Et de nouveau une voix s’adressa à lui, pour la seconde fois : « Ce que Dieu a rendu pur, tu ne vas pas, toi, le déclarer immonde ! » Cela se produisit trois fois, et l’objet fut aussitôt enlevé dans le ciel. Pierre essayait en vain de s’expliquer à lui-même ce que pouvait bien signifier la vision qu’il venait d’avoir… » (Actes 10, 9-17).

Il s’agit encore d’une vision. Pierre est visité par Dieu alors qu’il ne s’y attend pas du tout. Son ventre a faim et son esprit est pris par cette préoccupation de premier niveau. Cela dit, il faut absolument parler du contexte de ce récit de vision surprenante en disant qu’un autre personnage a reçu lui aussi une vision. Décidemment ce livre des Actes des premiers apôtres est celui de l’Esprit qui agit, mais lequel Esprit est généreux en intervention extraordinaire. On peut certes s’en étonner, mais on peut aussi se dire que ces visions ont joué un rôle extraordinaire dans le déploiement de cette petite « secte » (voir méditation intitulée Changer durablement) issue du judaïsme. Cela a donné un élan spirituel et missionnaire insoupçonnable pour une si petite grappe de croyant.es.

Au début de ce chapitre, Luc nous raconte l’histoire d’un centurion romain qui est en prière et à qui Dieu s’adresse. Tiens, voilà que Dieu parle aux étrangers à présent ! Eh oui, le Dieu de Jésus Christ est universaliste. Ni blanc, ni européen… ni… ni… toutes les cases où on veut l’enfermer. Dieu est ouvert au monde, n’en déplaise aux étroits d’esprit, qu’ils soient religieux, politiques ou même philosophes. Donc le Seigneur s’adresse à ce Centurion romain nommé Corneille, en tant qu’ennemi juré des Juifs, et l’avertit qu’il lui faut envoyer des serviteurs pour aller chercher un dénommé Pierre, à Joppé. Les envoyés rencontrent Pierre qui vient de recevoir cette vision avec les animaux. Pierre les suivra et rencontrera Corneille, et ce qui était improbable avant ces deux visions se réalise : un Juif pieux, Pierre, se rend chez un Centurion pieux. Deux mondes se rencontrent. Revenons à la vision de Pierre.

Pierre a faim d’une nourriture capable de satisfaire l’appétit de son corps affamé. Est-ce que Dieu le manipule pour mieux faire passer son message ? Non, mais probablement il y a une pédagogie du lien entre la nourriture terrestre et le message divin puisque beaucoup d’interdits sont alimentaires dans le Judaïsme. C’est donc une bonne porte d’entrée pour ouvrir une nouvelle voie au changement que Dieu apporte par le Christ ressuscité qu’il s’agit d’annoncer à présent à tous les habitants connus d’alors.

Pierre est en extase. Le mot employé en grec parle d’être hors de soi, avoir son esprit égaré. Donc Pierre sort de son monde pour voir autre chose. Un grand tissu, une toile étendue aux quatre coins de l’horizon qui représente le monde entier avec toute la création pour le nourrir… et cette injonction « allez, Pierre, tue et mange ! « Allez » peut se traduire « étant debout », verbe de la résurrection… mets-toi debout, ressuscite… découvre une autre dimension de cette nouvelle foi en Christ. Ce n’est pas qu’il peut se servir du monde pour se nourrir et détruire la création, mais plutôt… il n’y a plus d’interdit, plus aucun. Tue et mange, c’est une invitation à casser les codes des anciens interdits alimentaires. Autrement dit : Pierre, la portée de la bonne nouvelle passe par une libération des règles stériles auxquelles tu étais soumis jusqu’ici et qui conditionnent ton esprit jusque dans tes relations aux autres. Et ce raisonnement passe par les catégories du pur et de l’impur. Des catégories rassurantes, binaires, manichéennes qui prétendent répartir le monde en cases. Tu es dans la bonne case ou tu n’y es pas. Tu fais partie du bon club ou tu es en dehors du bon clan. Déjà Jésus avait annoncé la couleur en disant à propos du pur et de l’impur : « Ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui rend l’homme impur ; mais ce qui sort de la bouche, voilà ce qui rend l’homme impur. » (Matthieu 15, 11). Dit autrement, les catégories du pur et de l’impur ne sont pas déterminantes pour Dieu, c’est plutôt ce que tu fais à partir de ce que tu reçois, c’est ça qui est l’essentiel. Sinon nous sommes dans le déterminisme. Car du moment que l’on fait partie des impurs, comme Corneille le romain, jamais Dieu ne peut s’intéresser à moi.

Or le message de cette vision de Pierre est justement de briser les barrières que les humains se fabriquent pour se rassurer et de rendre les croyant.es responsables de leurs choix, libérés des anciens carcans.

Et c’est là que tout change. Dieu, par cette vision donnée à Pierre, me fais confiance et me donne la liberté d’inventer un monde où je vais à la rencontre de celui ou celle qui ne me ressemble pas. Cela demande des efforts d’imagination sur la base d’une vision ouverte et universelle. Je ne peux plus me réfugier dans une application stérile de commandements ou de règles auxquels j’adhère par facilité, sans réfléchir.

Je suis obligé.e de me poser des questions sur les rapports humains à partir de cette vision où les catégories du pur et de l’impur, de dedans et du dehors ne font plus sens.

Bon, je m’arrête là, car j’ai un repas qui m’attend. Au menu…

A propos, quel est le menu de vos relations aux autres : je ne mange que ce je connais ? Je suis prêt à goûter à la nouveauté ?

Jean Biondina, pasteur