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Un trésor caché

Mais mon petit trésor, tu ne peux pas prendre une troisième tranche de gâteau… tu vas avoir mal au ventre !

On appelle les enfants ou petits-enfants trésor, car ils le sont à nos yeux… ou alors sa femme, son conjoint, bref toute personne qui est précieuse pour nous. Trésor est un mot mystérieux. Et Jésus l’emploie dans une de ses paraboles pour attirer la curiosité de ses auditeurs, lisez plutôt :

« Ne vous amassez pas de trésors sur la terre, où les mites et les vers font tout disparaître, où les voleurs percent les murs et dérobent. Mais amassez-vous des trésors dans le ciel, où ni les mites ni les vers ne font de ravages, où les voleurs ne percent ni ne dérobent. Car où est ton trésor, là aussi sera ton cœur. » (Matthieu 6, 19-21)

Nous sommes sur terre et Jésus nous parle du ciel. Si nous suivons son invitation, est-ce que nous n’aurons plus les pieds sur terre ? Ou alors, devons-nous être pauvres comme Job pour plaire à Jésus ? Ou veut-il en venir avec cette parabole ?

Jésus dénonce une illusion tellement tentante et tellement humaine : s’amasser une fortune. Pourquoi l’être humain rêve-t-il au fond de lui d’être riche comme Crésus ou plutôt comme les grands hommes de ce monde qui flirtent avec plus de 100 milliards de fortune personnelle ?

Qu’est-ce que c’est d’être riche ? Des plaisirs ? … des ennuis ? … des responsabilités ? Cela dépend de chacun et de la manière dont on se situe face à ce que nous possédons.

On peut dire que Jésus prend le contre-pied des Pharisiens qui aimaient la richesse car elle leur faisait du bien par ce qu’elle permettait, mais aussi parce qu’elle pouvait traduire une forme de bénédiction de la part de Dieu. Béni de Dieu par ses abondantes bénédictions matérielles, ces notables de l’époque pouvaient se sentir au-dessus de tout soupçon de péché. On peut penser à Abraham qui était très riche et béni du Seigneur. Ou encore au roi Salomon pour qui le Seigneur promet richesse (1 Rois 3, 13) au cours de son règne. Or Jésus pose une linite à toute recherche de richesse matérielle par cette parabole. Il dénonce l’illusion que cette quête revêt. Non pas qu’il se prononce contre de fait d’être riche, il dira simplement que le riche risque de passer à côté de l’essentiel trop occupé à gérer ses biens et délaissant ce qui est plus essentiel.

Ne vous amassez pas des trésors … mais vous pouvez vous amasser des trésors… On pourrait y perdre son latin. Ce qui est intéressant ici, c’est que la dynamique de désirer un trésor n’est pas visée, bien au contraire, mais c’est probablement la visée qui est questionnée.

De quels trésors parlons-nous ? Ceux de la terre ont leurs limites, leurs dates de péremption avec notre finitude humaine qui se traduit par la mort. Si nous ne travaillons que pour ce qui aura une fin, quelle en est la portée ? Les trésors du ciel sont ceux qui durent éternellement. Que sont-ils ? Certainement la justice pendant que nous sommes ici et l’amour qui traverse la mort. On prête à Saint-Augustin cet adage « Aime et fais ce que tu veux », car une fois qu’on aime on n’agit pas n’importe comment avec les autres et avec le monde qui nous entoure.

Dois-je me désintéresser de l’argent et de la richesse pendant que je suis sur terre ? Jésus est plus subtil que cela car il dit aussi « faites-vous des amis avec l’Argent trompeur pour qu’une fois celui-ci disparu, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles » (Luc 16, 9). Il s’agit d’agir avec discernement et d’utiliser l’argent pour le bien et non d’être finalement soi-même utilisé par cet argent pour lequel on devient esclave.

Ce n’est pas pour rien que Jésus nous offre cette chute à sa parabole : « Car où est ton trésor, là aussi sera ton cœur ». Le cœur est dans le vocabulaire biblique le lieu où se prennent les décisions importantes, le lieu où l’humain est au plus vrai de sa réelle personne. Donc si ce qui m’attire le plus est le fait d’amasser pour cette vie sur terre, toute mon énergie y passera et il y aura peu de place pour ce Royaume que Jésus annonce qui est fait d’accueil de l’autre et de partage.

Cette interpellation de Jésus nous invite à nous poser la question de ce qui rend riche nos vies. Nous avons besoin de biens matériels pour vivre, mais cette crise que nous traversons ne cesse de nous questionner comme le Christ l’a déjà fait : où sont tes priorités personnelles ? de quoi sont-elles faites ?

Jean Biondina, pasteur