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Thomas, tu exagères !

Pour peu que l’on se retrouve devant Thomas, j’aimerais lui dire qu’il exagère, vous ne trouvez pas ? C’est le pire des incrédules face à l’annonce de la résurrection de Jésus quand il va jusqu’à dire « si je n’enfonce pas mon doigt à la place des clous et si je n’enfonce pas ma main dans son côté, je ne croirai pas ! ». Juste surréaliste cette réplique, non ? Reprenons le récit spécifique à l’évangile de Jean.

« Or, l’un des douze disciples, Thomas — surnommé le Jumeau — n’était pas avec eux quand Jésus vint. Les autres disciples lui dirent : « Nous avons vu le Seigneur. » Mais Thomas leur répondit : « Si je ne vois pas la marque des clous dans ses mains, si je ne mets pas mon doigt à la place des clous et ma main dans son côté, je ne croirai pas. »

Une semaine plus tard, les disciples de Jésus étaient de nouveau réunis dans la maison, et Thomas était avec eux. Les portes étaient fermées à clé, mais Jésus vint et, debout au milieu d’eux, il dit : « La paix soit avec vous ! » Puis il dit à Thomas : « Mets ton doigt ici et regarde mes mains ; avance ta main et mets-la dans mon côté. Cesse de douter et crois ! » Thomas lui répondit : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Jésus lui dit : « C’est parce que tu m’as vu que tu as cru ? Heureux sont ceux qui croient sans m’avoir vu ! » (Jean 21, 24-29)

Thomas est la vraie caricature de l’incrédule. Et non seulement il est comme les autres disciples qui ont du mal à croire, mais lui il en rajoute une couche avec les conditions qu’il pose à croire en la résurrection. Son doute est-il nécessaire à la foi ? On ne peut l’affirmer par rapport à l’exhortation de Jésus à croire sans voir, mais il nous soulage ce Thomas avec son doute profond et sa foi conditionnelle. « Si je… »… il ne pose pas une hypothèse scientifique (ce serait anachronique puisque la science formelle telle que nous la pratiquons nait plutôt vers le siècle des lumières, au 18e s.) mais une condition à sa foi : si je n’ai pas la preuve que Jésus a existé… si je ne vois pas un suaire dont l’analyse au carbone 14 ou l’ADN ne me donne pas au moins des éléments de preuve que cela remonte à la période du Christ… si je ne touche pas un bout du bois de la croix du Christ… vous pouvez à votre guise compléter la liste de tous les conditionnels pour se rassurer à ne pas devoir faire le saut de la foi.

Oui, la foi c’est plutôt style saut à l’élastique depuis le pont du Gard que réflexion, installé confortablement dans une belle bibliothèque pleine de magnifiques livres. C’est comme l’amour que l’on déclare à l’autre : ça fait frissonner car l’autre peut ne pas déclarer les mêmes sentiments que ceux qu’on lui exprime. Et le rejet dans ce cas… on préfère ne pas l’avoir et attendre gentiment que l’on ait réuni tous les indices favorables de la part de l’autre avant de se lancer à croire en son amour pour nous. Bref, la foi, l’amour comportent des risques un peu semblables.

Mais une fois encore l’incrédulité des disciples, ici celle de Thomas, nous est d’un grand secours à nous croyant.es du 21e s. Avant tout parce que c’est le Ressuscité qui vient au-devant de l’incrédule. Les portes du lieu où se trouvent les disciples sont bouclées, le lieu est confiné, et Jésus vient au milieu d’eux. On sait que cette rencontre est un petit peu extra-ordinaire et que les récits des apparitions de Jésus sont tous de ce genre, mais cela signifie – symboliquement – que Jésus fait ce pas que nous ne pouvons pas faire et que d’une manière ou d’une autre, c’est lui qui vient d’abord vers nous. Ensuite, toujours dans cette symbolique, Jésus vient dans l’espace d’intimité des disciples comme il vient dans le nôtre pour une rencontre en profondeur, au cœur de l’humain et ceci pour l’interpeller. Mais surtout, il vient et donne avant toute chose sa paix. La paix, c’est l’apaisement de toutes les relations offert par le Christ qui déjà disait « Je vous donne ma paix » (Jean 14, 27), cette paix qui réconcilie l’humain avec Dieu, les autres et soi-même. Cette paix irénique qui remet l’humain au cœur de son cœur, à sa juste place. Humain qui n’a plus à chercher à se justifier de se actes passés, présents ou avenir, ou à conquérir une place à force de labeur. Jésus donne gratuitement sa paix.

La suite est géniale : Thomas, va jusqu’au bout de tes idées, de ta démarche… enfonce ton doigt là où ça fait mal… enfonce-toi. Mais Jésus ne cherche pas à le ridiculiser, à le rabaisser, il aimerait le faire passer de non-croyant à croyant, de sans-foi à homme de foi, de confiance, capable d’avancer avec audace dans la vie. Suit cette magnifique, mais un peu tardive confession de foi de Thomas : mon Seigneur et mon Dieu. L’incrédule est capable de foi une fois la rencontre spirituelle faite. Thomas est bienheureux de confesser Jésus dans cette double appellation : Seigneur et Dieu. Et ça c’est incroyable. Dire que Jésus est Dieu, ça c’est de la foi.

Plus encore que Thomas, les croyant.es qui viendront ensuite, et dont nous faisons partie, sont dans le bonheur de Dieu quand ils croient sans avoir été les témoins visuels de Jésus ressuscité.

Après ce parcours reste quand même la question de savoir si vous vous sentez plutôt du côté de Thomas avant ou après la rencontre avec le Ressuscité ? Dieu sait bien que nous les humains avons un peu de peine à croire en son amour inconditionnel, n’est-ce pas pour cela que la question nous est continuellement adressée comme Jésus l’avait fait avec Marthe : crois-tu cela ?

Jean Biondina, pasteur