Menu Fermer

Sortir des prisons

Quand le pouvoir en place abuse de sa force, on a envie de crier à l’injustice… est-ce qu’on le fait ou on préfère se taire ? Cela dépend si la défense des personnes peut en pâtir… mais cela peut aussi être un écran derrière lequel on se cache pour ne pas se risquer. Car il y a bien des combats pour la justice à mener dans ce monde. Nous qui sommes privilégié.es en Suisse, nous devons parfois nous réveiller face à certaines injustices qui sévissent dans le monde. L’apôtre Pierre va en subir une forte car il sera arrêté à cause de ses idées, de sa foi en Jésus. Voici ce récit :

« A cette époque-là, le roi Hérode entreprit de mettre à mal certains membres de l’Eglise. Il supprima par le glaive Jacques, le frère de Jean. Et, quand il eut constaté la satisfaction des Juifs, il fit procéder à une nouvelle arrestation, celle de Pierre – c’était les jours des pains sans levain. L’ayant fait appréhender, il le mit en prison et le confia à la garde de quatre escouades de quatre soldats ; il se proposait de le citer devant le peuple après la fête de la Pâque.
Pierre était donc en prison, mais la prière ardente de l’Eglise montait sans relâche vers Dieu à son intention. Hérode allait le faire comparaître. Cette nuit-là, Pierre dormait entre deux soldats, maintenu par deux chaînes, et des gardes étaient en faction devant la porte. Mais, tout à coup, l’ange du Seigneur surgit, et le local fut inondé de lumière. L’ange réveilla Pierre en lui frappant le côté : « Lève-toi vite ! » lui dit-il. Les chaînes se détachèrent des mains de Pierre. Et l’ange de poursuivre : « Mets ta ceinture et lace tes sandales ! » Ce qu’il fit. L’ange ajouta : « Passe ton manteau et suis-moi ! » Pierre sortit à sa suite ; il ne se rendait pas compte que l’intervention de l’ange était réelle, mais croyait avoir une vision. Ils passèrent ainsi un premier poste de garde, puis un second, et arrivèrent à la porte de fer qui donnait sur la ville : elle s’ouvrit toute seule devant eux. Une fois dehors, ils allèrent au bout de la rue et soudain l’ange quitta Pierre, qui reprit alors ses esprits : « Cette fois, se dit-il, je comprends : c’est vrai que le Seigneur a envoyé son ange et m’a fait échapper aux mains d’Hérode et à toute l’attente du peuple des Juifs. » Il se repéra et gagna la maison de Marie, la mère de Jean surnommé Marc : il y avait là une assez nombreuse assistance en prière. Quand il frappa au battant du portail, une jeune servante vint répondre, qui s’appelait Rhodè. Elle reconnut la voix de Pierre et, du coup, dans sa joie, elle n’ouvrit pas le portail, mais rentra en courant pour annoncer que Pierre était là, devant le portail. « Tu es folle », lui dit-on. Mais elle n’en démordait pas. « Alors, c’est son ange », dirent-ils. Pierre cependant continuait à frapper. Ils ouvrirent enfin : c’était lui ; ils n’en revenaient pas. De la main il leur fit signe de se taire, leur raconta comment le Seigneur l’avait fait sortir de prison et conclut : « Allez l’annoncer à Jacques et aux frères. » Puis il s’en alla et se mit en route pour une autre destination. Au lever du jour, il y avait de l’agitation chez les soldats : qu’est-ce que Pierre avait bien pu devenir ? Hérode le fit rechercher sans réussir à le trouver. Il fit donc procéder à l’interrogatoire des gardes et donna l’ordre de les emmener. Puis il descendit de Judée à Césarée, où il passa quelque temps. »
(Actes 12, 1-19)

Les chrétiens sont persécutés et pour leur faire encore plus mal, on arrête les leaders. Tiens, rien de nouveau sous le soleil. Hérode, le vilain roi, cherche à se débarrasser de ces nouveaux croyant.es et soigne sa réputation auprès du peuple. Un roi bien indigne que ce roi-là. Et il en existe des puissants dans l’histoire de ce monde qui ont abusé ou abuse de leur pouvoir de domination au vu et au su de tous.

On notera que ce récit de l’arrestation de Pierre et de sa libération ressemble à la vie de Jésus : arrêté injustement, emprisonné, (comme) mort, il revient à la vie à nouveau.

Luc nous montre cette ressemblance de situation car il est convaincu que les croyant.es sont appelés à vivre quelque chose de cette mort et résurrection comme un principe spirituel dans leur vie ordinaire.

Voyons le récit de Pierre arrêté puis libéré.

On note les conditions d’arrestation : nous sommes au temps de la Pâque juive, comme pour Jésus. Il est confié à quatre escouades de quatre soldats. La symbolique du chiffre quatre est celui de la terre. Comme si le pouvoir terrestre exerce toute sa domination dans cette arrestation abusive et qu’il sera dénoncé en fin de récit par la libération qui provoque le désarroi du puissant, à qui il ne reste plus qu’à punir les gardes « incompétents » de mort (v. 19).

Durant la nuit, Pierre dort et restera dans un état semi-endormi, semi-mort, jusqu’à ce qu’il se réveille, libre. Tous les détails parlent de la mort (Pierre dort, enchainé, gardes à la porte) et du réveil en tant que résurrection (l’ange dicte tout ce que Pierre doit faire, il est passif comme on peut l’être quand c’est Dieu qui agit pour redonner vie). Après avoir passé trois obstacles comme les trois jours de mort, Pierre est enfin libre et, une fois que l’ange le quitte, il reprend ses esprits.

Quand Pierre se présente aux croyant.es, on ne croit pas à sa libération, pas plus qu’on a cru à la résurrection de Jésus, similitude.

On ne peut évidemment pas plaquer ce récit et celui de la résurrection de Jésus à nos existences, mais Luc nous dit par sa narration que notre vie participe de la bonne nouvelle de Jésus revenu à la vie après cette mort ignominieuse. Si nous vivons des temps difficiles, si nous traversons des épreuves dans la vie, le Christ est avec nous. Il a vécu cela à sa manière et à travers cette épreuve ultime de la mort en croix, c’est toutes les morts qu’il assume pour nous, par amour, pour nous donner à nouveau l’espoir et la vie. Cela ne nous empêche pas de connaître la souffrance, mais cette souffrance à un visage, celui du Christ souffrant et ressuscité.

Comme Pierre, simple pêcheur de poissons, a eu confiance en Dieu durant cette épreuve, il nous est offert de nous tourner vers le Seigneur : je te remets ma situation de vie, que tu connais, et je te demande, Seigneur, de m’aider à te faire confiance parce que tu vois une issue à mon histoire qui aujourd’hui m’échappe. Apprends-moi, comme Pierre, à me remettre entièrement à toi, afin que l’épreuve ne me prive pas totalement d’espérance et ne m’enferme dans le cachot noir et sombre du désespoir. Viens Seigneur, soutiens-moi et soutiens celles et ceux que j’aime.

Jean Biondina, pasteur