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Semaine sainte – vendredi – Cloué en croix

« Puis ils le clouèrent sur la croix et se partagèrent ses vêtements, en tirant au sort pour savoir ce que chacun recevrait. Il était neuf heures du matin quand ils le clouèrent sur la croix. Sur l’écriteau qui indiquait la raison de sa condamnation, il y avait ces mots : « Le roi des Juifs ». Ils clouèrent aussi deux brigands sur des croix à côté de Jésus, l’un à sa droite et l’autre à sa gauche. C’est ainsi que se réalisa le passage de l’Écriture qui déclare : « Il a été placé au nombre des malfaiteurs. » Les passants l’insultaient en hochant la tête ; ils lui disaient : « Hé ! toi qui voulais détruire le temple et en bâtir un autre en trois jours, 3sauve-toi toi-même, descends de la croix ! » De même, les chefs des prêtres et les maîtres de la loi se moquaient de Jésus et se disaient les uns aux autres : « Il a sauvé d’autres gens, mais il ne peut pas se sauver lui-même ! Que le Messie, le roi d’Israël descende maintenant de la croix ! Si nous voyons cela, alors nous croirons en lui. » Ceux qui avaient été mis en croix à côté de Jésus l’insultaient aussi.

A midi, l’obscurité se fit sur tout le pays et dura jusqu’à trois heures de l’après-midi.Et à trois heures, Jésus cria avec force : « Éloï, Éloï, lema sabactani ? » — ce qui signifie « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » —  Quelques-uns de ceux qui étaient là l’entendirent et s’écrièrent : « Écoutez, il appelle Élie ! » L’un d’eux courut remplir une éponge de vinaigre et la fixa au bout d’un roseau, puis il la tendit à Jésus pour qu’il boive et dit : « Attendez, nous allons voir si Élie vient le descendre de la croix ! » Mais Jésus poussa un grand cri et mourut. Le rideau suspendu dans le temple se déchira en deux depuis le haut jusqu’en bas. Le capitaine romain, qui se tenait en face de Jésus, vit comment il était mort et il dit : « Cet homme était vraiment Fils de Dieu ! » Quelques femmes étaient là, elles aussi, et regardaient de loin. Parmi elles, il y avait Marie du village de Magdala, Marie, la mère de Jacques le jeune et de Joses, et Salomé. Elles avaient suivi Jésus et l’avaient servi quand il était en Galilée. Il y avait là également plusieurs autres femmes qui étaient montées avec lui à Jérusalem. » (Marc 15, 24-41)

Rien ne permet à Jésus d’échapper à cette croix, ni à ses bourreaux de le libérer. Il est cloué. On se partage ses restes, le peu qu’il a n’est remis à personne, car personne ne semble proche de lui. Une dernière solde pour ces soldats. La solde de la mort.

Jésus accroché au pied du ciel et pendu au bois, accompagné de deux brigands. Il est identifié au plus infâme, lui l’innocent. Son innocence n’en ressort que plus encore. Marc en oublie de citer Es 53, 12 : il a été compté au nombre des malfaiteurs. En effet ce verset a été rajouté par la suite à cet évangile. Jésus accepte à nouveau par amour d’être identifié au plus rejeté de la société, même si ce rejet paraît normal au vu du statut de ces deux malfaiteurs qui, eux, méritaient la peine. Le message de la croix nous dit cet amour immérité de tout humain face à l’amour inconditionnel de Dieu pour tous.

Les moqueries suivent Jésus jusque dans ces derniers instants de vie. Pourquoi l’être humain a-t-il ce besoin irrépressible de rabaisser l’autre ? Pourquoi ces moqueries alors que Jésus est dans cette extrême faiblesse où pendu au bois il cherche son souffle. En effet le crucifié est pendu à la croix et ne tient que sur ses jambes qui tentent de le porter le plus longtemps possible. Tant qu’il peut se redresser un peu, il respire, sinon le poids de son corps le fait pendre et perdre sa respiration. Le crucifié meurt étouffé sous son propre poids. Quand nous luttons aujourd’hui pour fournir des appareils respiratoires aux malades, on sait que chercher son souffle pour vivre est terriblement angoissant. J’ai moi-même veillé, il y a bien des années, mon nono (grand-papa italien) qui avait la silicose. Chaque respiration est une lutte pour survivre. Angoisse.

Le ciel s’obscurcit, il se cache car Dieu souffre avec son Fils. Le voile du temple se déchire parce que Dieu est déchiré et la rupture est à son comble. Le cri de Jésus, précédé de ses paroles en citant le Psaume 22 « mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné » amplifie cette séparation de Dieu avec Dieu. A la croix, c’est Dieu qui est crucifié.

Un coin d’espérance : un centurion, un étranger, un païen éloigné de Dieu dit : vraiment cet homme était Fils de Dieu. La foi vient d’ailleurs d’où on peut l’attendre. Elle s’envolera vers d’autres cieux après Pâques.

En attendant les femmes regardaient à distance. Elles sont l’image de la fidélité éprouvée dans un déchirement horrible : leur maître, leur seigneur, leur ami est mort. Peut-être repensent-elles aux dernières paroles de Jésus du Psaume 22 et le poursuivent-elles intérieurement : « Le Seigneur n’a pas rejeté ni éprouvé un malheureux dans la misère ; il ne lui a pas caché sa face ; il a écouté quand il criait vers lui. »

Jean Biondina, pasteur