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Semaine sainte – jeudi – Couronné d’épines

Jésus est à la merci de ses bourreaux. Les soldats s’amusent, le monde rit de la misérable situation du plus vulnérable. Couronne d’épines qui blessent le corps et humilie l’humain déjà à terre. Pourquoi appeler toute la cohorte (qui est probalement la garnison au complet des soldats) pour cette pauvre créature qui ne se défend pas ? A-t-on peur qu’il s’enfuie ? Ou invite-t-on plus de public pour les réjouisances macabres ? Plus on est de fous et plus on s’amuse.

On fait de Jésus un roi des Juifs alors qu’il ne revendique rien de semblable. Toutefois cette royauté, Jésus peut en prendre une part, celle du roi souffrant, du roi humilié… le serviteur souffrant.

On le revêt d’un habit ou d’un tissu de couleur pourpre, la couleur des hauts dignitaires romains. Honneur et pouvoir sont liés à cette couleur. Ce ne sont pas les soldats qui portent de tels tissus. Mais alors qui leur a fourni ce tissu noble ? Est-ce à dire que l’humiliation ne vient pas seulement des soldats en mal de distraction mais que les autorités autorisent cette humiliation, voire la provoque en cédant un signe de leur pouvoir par ce tissu ?

La cérémonie du couronnement de Jésus est d’une désolation sans nom. Elle montre que l’humain est capable de grandes choses sur le plan technique, moral et relationnel, mais il sait parfois exprimer une part sombre et morbide, effrayante. Quant on pense qu’au 21e s. l’humain est encore capable de réduire son semblable à l’esclavage (en 2018 Amnesty international dénonce 1500 cas d’esclavagisme en Suisse) ou de pratiquer la peine de mort (encore dans 55 pays aujourd’hui). On ne s’étonne pas vraiment de cette parodie de couronnement de Jésus qui rappelle aux chrétien.nes que toute autorité doit toujours être examinée à l’aune de ses actes justes ou injustes. L’abus de pouvoir se cache possiblement derrière tout pouvoir humain.

On pourrait croire que le monde entier est en totale dérive quand on lit ce récit de la passion du Christ : les autorités religieuses et civiles, Pilate et ses soldats, la foule, Pierre et les autres disciples… tous s’opposent à Jésus ou le lâchent. Heureusement que quelques personnes sont présentes sur ce chemin de croix. Simon de Cyrène en est l’image. Même si les romains le réquisitionne, c’est-à-dire l’embauche pour aider Jésus à porter sa croix jusqu’au lieu du supplice, il devient un suiveur de Jésus jusqu’au Golgotha. Les femmes y seront aussi. Nous verrons cela plus tard. Simon qui porte la croix signifie que Jésus est exténué par ce qu’il est en train de vivre ; il est à bout de force. Le poids de la croix est écrasant parce que le traitement déshumanisant est accablant.

Voilà Jésus arrivé au Golgotha, le lieu du Crâne, nom donné à ce lieu dont la forme de la colline rappelle la forme d’un crâne. Il n’empêche que cette mention à ce moment-là ne nous met pas à la fête. Tout est donné pour rendre le tableau encore plus sombre et glaçant. La mort rôde et fait son travail.

On propose à Jésus un peu de drogue pour le soulager de ses souffrances avec de la myrrhe diluée dans du vin. Il refuse. Est-ce par héroïsme ? Non, cela veut simplement nous dire qu’il vit jusqu’au bout le don de sa vie, en pleine conscience, avec lucidité.