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Raconter Jésus

Lorsque quelqu’un vous raconte l’histoire d’une personne ou d’un personnage célèbre, vous écoutez pour vous en faire une idée. Mais est-ce pour vous faire une idée de la narration ou du narrateur. Car parfois on se laisse volontiers entraîner dans une narration même si elle nous paraît farfelue. D’autre fois, on connaît le narrateur et on aime sa manière de raconter. Je pense ici à l’acteur Fabrice Luchini qui raconte les fables de la Fontaine sur Facebook durant le Covid-19. On connait la fable mais on aime la manière. Est-ce cela que veut nous dire la fin de l’Evangile de Jean à propos des récits sur la vie de Jésus ?

« Jésus a fait encore bien d’autres choses : si on les écrivait une à une, le monde entier ne pourrait, je pense, contenir les livres qu’on écrirait. » (Jean 21, 25)

C’est vrai que depuis 2000 ans on en a rempli des bibliothèques de théologie ou de livres d’histoire plus ou moins romancés de la vie de Jésus. Ça n’en finit pas. Le produit Jésus est sûr. Dès que l’on écrit sur lui, en bien ou en mal, ça fait parler… surtout à propos de l’auteur.e de la production.

En tapant le mot « Jésus » sur le moteur de recherche commençant par la lettre G et finissant par un E, on obtient environ 57 800 000 résultats en 0,62 secondes. Phénoménal, non ?  J’effectue une autre recherche pour avoir une comparaison qui évidemment n’en est pas une. Aller, je me laisse tenter, je tape « Trump »… ô stupeur : environ 967 000 000 résultats (0,45 secondes). Ce n’est pas normal car dans mon échelle de valeur, Jésus est incomparablement plus élevé que Trump… Bon je tente autre chose. Prenons un nom inconnu. Je tape heu… mon nom de famille et j’obtiens environ 13 500 000 résultats (0,47 secondes) donc quatre fois moins que pour Jésus, ouf. J’avoue que je deviens addicte et affreusement curieux ; je tape le nom du président du conseil de paroisse (Matti pour celles et ceux qui l’ignoreraient encore), et voici ce que j’obtiens en un temps record… environ 42 300 000 résultats (0,77 secondes). Rien de ces recherches sur la toile ne correspond à l’image que nous aurions pu avoir avant d’en recevoir les résultats.

Qu’est-ce à dire par rapport au texte médité ce jour ?

L’auteur de l’évangile de Jean se permet une remarque (que l’on ne trouve pas dans tous les manuscrits) pour dire que rien ne peut définitivement enfermer l’image que l’on peut avoir de Jésus et de son message d’amour. Même si on s’applique à raconter au plus près de sa conscience ce que l’on a compris de lui et de la vérité qu’il apporte, rien ne peut la contenir.

Bien plus, Jésus n’est pas l’évangile de Jean. La preuve, c’est que les premières communautés ont essaimés quatre témoignages de Jésus parmi tous les écrits dits apocryphes, qui, eux, n’ont pas été jugés dignes d’être retenus pour raconter sa vie, sa mort et sa résurrection par l’Eglise d’alors.

C’est aussi dire que si les Evangiles sont une toute petite partie de la vie de Jésus, c’est qu’ils sont partiels et que découvrir vraiment qui est Jésus passe par une dimension spirituelle, une rencontre intime et personnelle, mais également une dimension plurielle et communautaire. Aujourd’hui les croyant.es ont laissé pour la plupart la dimension communautaire de côté. Je ne parle pas des croyant.es qui ne peuvent plus se rendre au culte ou dans des rassemblements communautaires pour des raisons de santé. Je parle du choix de ne plus se rassembler, souvent par déception des autres.

Le temps ne serait-il pas venu de nous reposer la question du rôle de partager le sens que nous offre l’évangile de Jésus ? Il ne nous est pas donné subitement, mais il advient dans le partage sous différentes formes, dont le culte, la rencontre amicale, le partage, bref tous ces moments que nous pourrions réenchanter ensemble… après ce temps de confinement. Les antonymes de confinement sont libération, ouverture, aération, étendue… Cessons donc de nous claquemurer l’esprit et réinventons l’avenir du vivre ensemble. Qu’en dites-vous ?

Jean Biondina, pasteur