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Peut-on croire en cachette ?

De nuit un homme du clan ennemi de Jésus se présente à ce dernier pour dialoguer. Etrange, pourquoi de nuit ? Parce qu’il est très occupé et ne peut lui accorder autrement de temps… comme nous quand nous sommes tellement pris (peut-être un brin moins ces jours, quoique nous avons tant de choses à faire) ? Faufilons-nous dans cette nuit du récit.

« Or il y avait, parmi les Pharisiens, un homme du nom de Nicodème, un des notables juifs. Il vint, de nuit, trouver Jésus et lui dit : « Rabbi, nous savons que tu es un maître qui vient de la part de Dieu, car personne ne peut opérer les signes que tu fais si Dieu n’est pas avec lui. » Jésus lui répondit : « En vérité, en vérité, je te le dis : à moins de naître de nouveau, nul ne peut voir le Royaume de Dieu. » Nicodème lui dit : « Comment un homme pourrait-il naître s’il est vieux ? Pourrait-il entrer une seconde fois dans le sein de sa mère et naître ? » Jésus lui répondit : « En vérité, en vérité, je te le dis : nul, s’il ne naît d’eau et d’Esprit, ne peut entrer dans le Royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l’Esprit est esprit. Ne t’étonne pas si je t’ai dit : Il vous faut naître d’en haut. Le vent souffle où il veut, et tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va. Ainsi en est-il de quiconque est né de l’Esprit. » Nicodème lui dit : « Comment cela peut-il se faire ? » Jésus lui répondit : « Tu es maître en Israël et tu n’as pas la connaissance de ces choses ! » (Jean 3, 1-10)

Nicodème est un chef juif, un homme très bien placé et écouté. Pourtant, lorsqu’il cherchera à prendre la défense de Jésus devant les siens, on ne l’écoutera guère car un préjugé empêche cela : « Mais l’un d’entre les Pharisiens, ce Nicodème qui naguère était allé trouver Jésus, dit : « Notre Loi condamnerait-elle un homme sans l’avoir entendu et sans savoir ce qu’il fait ? » Ils répliquèrent : « Serais-tu de Galilée, toi aussi ? Cherche bien et tu verras que de Galilée il ne sort pas de prophète. » (Jean 7, 51-52). Quand on a une idée préconçue sur quelqu’un, on trouve toujours quelque chose à lui redire. Alors s’il s’agit de ce Jésus qui dérange les hauts dignitaires, personne n’ose vraiment le défendre parmi les Pharisiens.

Revenons à cette nuit-là. Nicodème s’approche de nuit, donc prudemment, en tous cas pas au grand jour. Pourquoi ? Sans doute pour ne pas se faire repérer des autres et être libre de l’interroger à sa guise, et non pas comme le parti le souhaiterait, c’est-à-dire un interrogatoire théologique en règle. Non, son approche est vraie quand il commence par reconnaître Jésus comme un maître inspiré par Dieu lui-même. Et il ajoute sur quoi il fonde sa compréhension : nul ne peut agir par les signes qu’il manifeste sans le faire par l’action de Dieu à travers lui. Il emploie le mot « signe » et non de miracle. Le miracle serait une action directe de Dieu comme du temps du désert où Dieu ouvre le pays de la liberté aux Hébreux fuyant les Egyptiens. Le mot miracle n’est vraiment employé que chez Marc. L’évangile de Jean lui préfère le mot « signe » utilisé à 18 reprises. Le signe indique que quelque chose change et n’est pas une évidence qui s’impose. Il est offert à la libre interprétation de chacun.e sur le sens à lui donner, tandis que le miracle est souvent une intervention divine dans l’ordre naturel de la création qui apparaît comme surnaturel.

Nicodème reconnait Jésus comme un interlocuteur digne de confiance. La réponse de Jésus va alors directement en profondeur : « En vérité, en vérité, je te le dis : à moins de naître de nouveau, nul ne peut voir le Royaume de Dieu. » Naître de nouveau… Nicodème est juste désarçonné par cette affirmation. On le serait à moins. Naître, venir à la vie, dépendre de la vie que l’on nous donne. Nicodème à beau se gratter la tête, cette notion de naissance ne fait pas partie de son catéchisme de Pharisien, c’est une nouvelle formulation de la foi donnée par Jésus. En fait, l’adverbe grec signifie naître de nouveau ou naître d’en haut. Naître d’une réalité nouvelle et qui vient de Dieu et de sa grâce. La grâce ici veut simplement dire que l’être humain n’a plus à chercher à se justifier par lui-même, mais Dieu le fait à travers ce que Jésus a accompli par amour pour nous. Nos erreurs, nos mauvaises conduites, les ratés que nous avons cumulés dans notre vie, Dieu en efface l’ardoise. Nous pourrions venir à Dieu en disant « mais tu vois tous les efforts que je fais, tu vois ma conduite irréprochable, je suis au top… ». Dieu n’a pas besoin que nous cherchions à le satisfaire ou à rattraper le passé que nous aimerions autre que ce que nous en avons fait. Par Jésus, il palie à tous nos manques et tous nos ratés (ce que la Bible appelle le péché qui consiste surtout à rater nos relations à Dieu, aux autres et également par rapport à nous-même). Cela s’appelle l’amour, le pardon que Dieu nous offre en Jésus.

Je vous rappelle un verset biblique important qui se situe un peu après notre passage qui nous dit : « Car Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne soit pas perdu mais qu’il ait la vie éternelle. » C’est ça avant tout naître de nouveau : vivre une réalité tout autre à partir de l’amour que Dieu nous donne par Jésus. Mais faut-il encore l’accepter et arrêter de vouloir se justifier devant Dieu et devant les autres aussi.

Nicodème qui vient au cours de la nuit pour se protéger du regard des autres, n’est-ce pas nous par rapport à notre famille, nos amis, nos connaissances… quand nous n’osons pas reconnaître ouvertement notre foi en Jésus ? S’il est des situations où il est préférable d’être discret par rapport à sa foi, et on peut penser aux persécutions par exemple, la plupart du temps il est plutôt question de courage de croire au grand jour. Parfois ce sont des quolibets désagréables qui nous sont adressés. Inutiles de les alimenter, car il faut aussi être en situation de confiance pour parler de ce qui nous fait naître de Dieu à l’autre. Nous ne savons pas comment Nicodème se positionnera le jour suivant ; nous savons qu’il reviendra plusieurs fois dans l’évangile notamment pour l’ensevelissement de Jésus (Jean 19, 39). Discret mais présent, il a suivi Jésus de loin.

Et vous à quelle distance suivez-vous Jésus ?

Jean Biondina, pasteur