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L’incroyable déstabilise

La résurrection de Jésus au matin de Pâques n’est-ce pas un « incroyable » qui surprend nos sens et bouscule notre intelligence ?  Si Jésus est vraiment ressuscité cela ne change-t-il pas notre rapport à la mort mais aussi à la réalité de maintenant ? Relisons ce dernier passage de l’Evangile selon Marc.

« Après que Jésus eut passé de la mort à la vie tôt le dimanche matin, il se montra tout d’abord à Marie de Magdala, de laquelle il avait chassé sept esprits mauvais. Elle alla le raconter à ceux qui avaient été avec lui. Ils étaient tristes et pleuraient. Mais quand ils entendirent qu’elle disait : « Jésus est vivant, je l’ai vu ! », ils ne la crurent pas. Ensuite, Jésus se montra d’une manière différente à deux disciples qui étaient en chemin pour aller à la campagne. Ils revinrent et le racontèrent aux autres, qui ne les crurent pas non plus.

Enfin, Jésus se montra aux onze disciples pendant qu’ils mangeaient ; il leur reprocha de manquer de foi et de s’être obstinés à ne pas croire ceux qui l’avaient vu vivant. Puis il leur dit : « Allez dans le monde entier annoncer la Bonne Nouvelle à tous les êtres humains. Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; mais celui qui ne croira pas sera condamné. Et voici à quels signes on pourra reconnaître ceux qui auront cru : ils chasseront des esprits mauvais en mon nom ; ils parleront des langues nouvelles ; s’ils prennent des serpents dans leurs mains ou boivent du poison, il ne leur arrivera aucun mal ; ils poseront les mains sur les malades et ceux-ci seront guéris. »

Après leur avoir ainsi parlé, le Seigneur Jésus fut enlevé au ciel et s’assit à la droite de Dieu. Les disciples partirent pour annoncer partout la Bonne Nouvelle. Le Seigneur les aidait dans ce travail et confirmait la vérité de leur prédication par les signes miraculeux qui l’accompagnaient. » (Marc 16, 9-20)

Le récit de la résurrection nous pose un problème intellectuel et crée un doute dans la réflexion de l’homme moderne. Seul 26% de la population suisse croit vraiment que Jésus est mort et ressuscité physiquement (Tribune de Genève, Institut Link, lundi 13 avril) avec 37% des Catholiques interrogés, 23% des Réformés, 90% des évangéliques et 25% des personnes se rattachant à d’autres religions. On ne peut pas dire que la résurrection de Jésus est d’une grande évidence dans la population de notre pays. Mais on peut tout aussi rapidement ajouter que la résurrection n’est pas du tout évidente pour les premiers croyant.es.

Tout d’abord, le passage abordé aujourd’hui dans l’évangile de Marc est assez incertain, puisqu’il manque dans des manuscrits anciens. On ne sait pas si on a perdu la fin de Marc 16 depuis le verset 9 et ensuite retrouvé et rattaché à nouveau dans les manuscrits suivants ou si la finale du verset 8 finissait trop abruptement et qu’on lui aurait adjoint ces derniers versets pour en adoucir la teneur ? Ensuite le contenu de cette finale montre à l’évidence que la résurrection pose problème à l’entendement humain.

Les apparitions de Jésus ressuscité doivent se multiplier pour faire chemin de foi. Ou alors ces apparitions doivent lutter contre l’incrédulité des disciples, un comble non ? Ce n’est pas que cela m’enchante de constater que les premiers disciples soient si incrédules, mais cela me montre une forme de réalisme honnête de la part des premières communautés chrétiennes : on ne croit pas automatiquement en la résurrection. Le processus est plus subtil qu’une simple adhésion de notre entendement. D’ailleurs pour reprendre le terme grec à propos d’incrédulité, il s’agit de ne pas comprendre, de ne pas saisir par le raisonnement intellectuel. Comme si la résurrection n’était pas captable par la raison et que seul la rencontre avec le Ressuscité permet de faire basculer vers la foi. Pour nous il en va de même : comment comprendre la résurrection de Jésus uniquement par la lecture intellectuelle des Evangiles s’il n’y a pas d’abord une rencontre spirituelle source de la confiance fondamentale à accorder à cette incompréhensible résurrection ? Les témoins directs ne sont plus depuis des millénaires, donc nous ne pouvons les interroger directement. Il nous faut procéder autrement, et c’est là qu’intervient une approche spirituelle d’écoute de la Parole.

Ce qui rassure c’est que finalement Jésus envoie ces incrédules de disciples en mission. Ils sont tout penauds car surpris de ne pas croire, ou du moins de manifester une non-foi… une carence… une absence de foi, de confiance dans ce Jésus, Seigneur revenu à la vie. 

Enfin, les signes qui accompagnent les disciples ressemblent à une assurance tout risque qui les prémunis contre toute attaque du mal. Ce que l’on sait, c’est que les disciples ont pour la plupart payé de leur vie leur témoignage de foi par la suite. Ce que je retiens ici c’est plutôt un vif encouragement à aller dans le monde, qui effraye, qui n’est pas celui que je connais… oser entreprendre au nom du Christ ressuscité. Et le « croire » fera la différence : le fait de croire ou non marquera les camps entre celles et ceux qui adhèrent à la foi et les autres.

Jésus regagne le ciel auprès du Père, c’est-à-dire la source de son identité propre (divine et humaine), tandis que les disciples entrent pleinement dans leur mission. Mais à propos, ont-ils reçu un cahier des charges, des objectifs à atteindre, des rapports à dresser sur l’évolution de la mission ? Non, bien sûr. Mais ce qui reste de cette fin, c’est la cohérence entre l’annonce de la Bonne nouvelle et ce qui la confirme par des signes, des actions qui traduisent concrètement cet amour annoncé… et vécu.

L’incroyable de la résurrection est en marche depuis plus de 2000 ans dans le cœur des celles et ceux qui ont cru malgré leur manque de foi. Et pour vous de quoi est fait cet « incroyable résurrection », ce retour possible à la vie ?

Jean Biondina, pasteur