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Le secret de la prière… comme arme de combat ?

Dans sa « Lettre à nos aînés », René Prêtre invite, dans le Nouvelliste du 26 mars, les aînés à aider les autres en restant confinés et, chose plus surprenante, par leurs prières. C’est le cadeau que l’on peut offrir à toutes les équipes soignantes pour les soutenir au mieux, pense-t-il.

La prière comme moyen de lutte est-elle une recommandation efficace contre le Coronavirus ?

Que l’on soit clair : non, évidemment. Ce n’est pas un moyen de lutte contre un virus aussi virulent qui soit. Par contre, prier nous met en rapport avec Dieu et les autres, et ça c’est essentiel pour vivre et pour avoir la force de lutter contre toute adversité.

Jésus invite à la prière et nous en donne le chemin : « Pour toi, quand tu veux prier, entre dans ta chambre la plus retirée, verrouille ta porte et adresse ta prière à ton Père qui est là dans le secret. Et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. » (Matthieu, chap. 6, verset 6).

La voie de la prière, pour Jésus, passe par les ruelles étroites de nos vies, par les passages secrets plutôt que par les artères bien visibles. D’abord, il a cette formule : quand tu veux prier… Le désir de la prière doit naître de la personne, comme un désir de respiration, un élan de vie. Poussé vers la prière, ce mouvement nous fait entrer en nous-même : entre dans ta chambre. La chambre n’est pas ce lieu cosy où nous allons nous mettre en condition pour être bien. Elle est le lieu du retrait vers soi pour être plus présent à soi et aux autres, devant Dieu.

La chambre, dans le mot grec, peut avoir des sens légèrement différents : ce peut être le lieu du trésor public, le cellier ou encore la chambre intérieure d’une maison. Lequel choisir pour bien traduire la pensée du Christ ? Je vous propose de n’en choisir aucun et de laisser libre court à l’interprétation. Oui, car entrer dans sa chambre, ce peut être ce lieu où je cache ce qui est précieux à mes yeux comme un trésor : mes pensées secrètes, mes espoirs, mes attentes. Ma chambre comme le cellier, car c’est là que je vais puiser les provisions qui me permettent de vivre, de nourrir ma vie, mes projets, mes attentes, mes relations à l’autre, terreau intérieur où pousse les plantes nourrissantes de l’existence. Enfin, la chambre comme pièce intérieure d’une maison est ce lieu intime où je me réfugie pour me retrouver et me ressourcer, seul à seul avec Dieu, seul à seul avec moi-même… même si je me demande parfois si Dieu est présent dans mes silences, mes soupirs, mes paroles.

Jésus aurait pu s’en tenir à dire de se retirer dans sa chambre, or il ajoute : verrouille ta porte !

Pourquoi verrouiller sa porte ? Ne serait-ce pas accepter que si je verrouille ce lieu, c’est pour bien marquer le face à face de la rencontre, un peu comme si je me retrouve dans le désert, au milieu de nulle part en sachant que Dieu est là. Verrouiller sa porte, c’est me dire et dire à l’autre : stop, ici c’est mon jardin spirituel, jardin d’Eden restitué où je peux être qui je suis pleinement, sans jugement. Et je n’ai de compte à rendre à personne d’autre qu’à Dieu et à moi-même. Tout peut se passer dans le secret le plus hermétique qui soit et non pas comme le veut l’adage populaire : un secret, c’est une chose que l’on ne dit qu’à une seule personne à la fois. Non, ici on ne dit rien d’autre que ce qui se dit entre Dieu et moi. Pas de déclamation sur ce qui s’est passé dans la prière, pas de publicité, silence… c’est secret.

Alors ces jours où tout est devenu sujet de communication publique pour lutter le plus efficacement possible contre le virus, il nous reste, pour combattre, à être bien en nous-mêmes, à ne pas tomber dans la sinistrose et à aider les autres, directement ou à distance, selon nos engagements autorisés ou non. Nous pouvons nous lâcher dans notre chambre secrète pour libérer nos tensions et dire à Dieu nos soucis, nos attentes… nos… chut, ceci est un secret entre vous et le Seigneur.

Quand tu veux prier… nous dit Jésus, alors si vous en avez le désir, vous en connaissez le chemin. Alors bonne route et que Dieu bénisse vos rencontres.

Jean Biondina, pasteur