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Le matin de toutes les promesses

Selon ce que nous vivons d’intense, nous nous souvenons du jour, de l’heure, du lieu, de l’ambiance, voire même des odeurs du moment vécu. Les femmes du matin de la résurrection ont dû avoir cet instant marqué dans leur mémoire… un peu troublée certes, mais mémoire tout de même. Une chose est certaine, elles se sont souvenu que le jour de cet événement est le premier de la semaine, dimanche pour nous. Est-ce si important que cela ? Retrouvons la description de ce bref instant chez Marc :

« Lorsque le sabbat fut passé, Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques, et Salomé, achetèrent des aromates, afin d’aller embaumer Jésus. Le premier jour de la semaine, elles se rendirent au sépulcre, de grand matin, comme le soleil venait de se lever. » (Marc 16, 1-2)

Jésus est mort le vendredi dans l’après-midi, veille du sabbat. Il n’est pas ressuscité le lendemain, jour de sabbat, mais le surlendemain, le dimanche. Le troisième jour, comme annoncé trois fois par Jésus à ses disciples (Mc 8, 31 ; 9, 30 et 10, 32). Trois jours pour bien confirmer qu’il est vraiment mort. Mais alors pourquoi pas au milieu de la semaine suivante, on avait le temps, non ? De toute façon mort, il ne pouvait pas aller ailleurs.

Jésus est ressuscité le dimanche suivant sa mort du vendredi, lendemain du sabbat. Ce n’est pas anodin. Il ne s’agit pas d’un hasard d’un calendrier incertain, non. Dimanche ici succède au sabbat que Jésus a remis en question dans sa pratique stérile, particulièrement par les Pharisiens arque boutés sur la forme de la tradition et incapables de voir d’abord la vie qui devrait s’y exercer. Ce n’est pas pour rien que Jésus les a provoqués plus d’une fois par des guérisons le jour du sabbat, car pour lui le sabbat est fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat (Marc 2, 27). Jésus est maître du sabbat.

Revenir à la vie le lendemain du sabbat, c’est s’adosser à ce temps du repos, car il n’a pas été aboli en tant que célébration du repos, et c’est également s’adosser aux sept jours de la création du monde dans son plein symbolisme. Mais c’est un huitième jour, premier jour de la semaine nouvelle, que le crucifié est ressuscité. Ce huitième jour est celui de la création nouvelle, Dieu pardonnant et réconciliant le monde entier en Jésus le Christ ressuscité.

Bon, ben… c’est encore une histoire de théologiens qui aiment manier les concepts me direz-vous. Pas forcément faux, mais imparfaitement exact, car ce huitième jour est pour toutes et tous.

Ce huitième jour ouvre des possibilités nouvelles pour les croyant.es. Si le premier jour de la semaine – dimanche – est celui qui me permet de remercier Dieu, cela signifie que je vis de la grâce de Dieu et de son pardon avant même de commencer ma semaine de travail. Je parle ici des personnes qui ont des horaires qui débutent un lundi. Pour les autres, cette symbolique garde tout son sens, même si les jours de travail sont quelque peu bousculés. Cela veut donc dire que Dieu me fait confiance et moi-même je me tourne vers Lui pour me rappeler qu’il m’accorde cette confiance. On sait très bien que le regard que l’on a sur nous de la part des gens qui nous sont chers est très important. Il peut nous donner des ailes comme nous les couper. Alors si Dieu nous accorde son amour inconditionnel au premier jour de notre semaine de vie, c’est un message étonnant qui sans aucun doute nous donne de l’entrain et de la créativité. Ce huitième jour de la création est le nôtre parce que Dieu nous le confie. A nous de le vivre comme tel, non ?

Peut-être cela vous inquiète-t-il de savoir que Dieu nous ouvre un espace de vie dont il ne nous donne pas les contours ni les limites ? Ne soyons pas comme les femmes inquiètes de savoir qui leur roulera la grosse pierre de l’entrée du tombeau… ça, c’est fait. Le tombeau est vide, il n’y a plus rien à y voir, reste le chemin qui s’ouvre devant nous, ce chemin du huitième jour que Dieu nous offre comme une promesse de vie ouverte devant nous.

Jean Biondina, pasteur