Menu Fermer

Le JE de la vie

Jésus se prépare à vivre sa Pâque et affronte une fois de plus les Pharisiens, que l’on pourrait qualifier d’adversaires préférés de Jésus. On peut presque les bénir ces Pharisiens, car ils obligent Jésus à s’expliquer sur la lumière qu’il propose et à ne pas en rester à une simple déclamation plus ou moins énigmatique. Voici ce que nous lisons chez Jean :

« Jésus, à nouveau, leur adressa la parole : « Je suis la lumière du monde. Celui qui vient à ma suite ne marchera pas dans les ténèbres ; il aura la lumière qui conduit à la vie. » Jean 8, 12

Ce passage parle de l’origine de Jésus et de son ministère, d’où il vient et où il va. Ce qui ressort depuis un moment, c’est une forme d’aveuglement de ceux qui ne veulent ni voir les signes de la présence de Dieu en Jésus ni comprendre le sens profond de son message. La ténèbre qui plane dans la relation des Pharisiens avec Jésus les empêche de comprendre qui il est véritablement. Ce n’est pas qu’une question intellectuelle car les Pharisiens sont plutôt de brillantes intelligences, mais la difficulté se situe dans un rapport de force et de pouvoir qu’ils ne veulent pas céder d’un pouce. Or, Jésus ne leur conteste pas leur rôle dans la société d’alors, mais plutôt leur aveuglement. Ils ne se laissent pas remettre en question. Alors imaginez leur réaction lorsque Jésus leur dit « Je suis la lumière du monde ». Leur sang ne fait qu’un tour dans leur corps énervé par ce prétentieux jeune homme de trente ans. Un voile de colère les empêche de voir ce qui est à voir et leurs propres cris masquent leur audition de ce qui est à entendre dans la simplicité.

« Je suis » résonne aux oreilles des Juifs comme une révélation. Ils entendent le récit de Moïse qui tournant autour d’un buisson qui ne se consume pas (Exode 3), reçoit la révélation du Seigneur qui se manifeste à lui par ces mots : « Je suis qui je serai ». Dieu qui se révèle et se cache tout à la fois. Il est le Vivant depuis toujours et pour toujours. Alors quand Jésus dit « Je suis la lumière du monde »… c’est une offense pour les oreilles des Pharisiens qui estiment que Dieu ne peut pas être présent en cet homme qui dit de lui-même le « Je suis » n’appartenant qu’à Dieu lui-même.

La lumière du monde. Ce thème revient 16 fois chez Jean pour montrer de quelle manière Dieu se manifeste par Jésus pour le bien des humains, mais ceux-ci ne le reçoivent pas. Du moins, on trouve la lumière jusqu’au chapitre 12 tant qu’il enseigne ouvertement : « Pendant que vous avez la lumière croyez en la lumière, pour devenir des fils de lumière. Après leur avoir ainsi parlé, Jésus se retira et se cacha d’eux. » (Jean 12, 36). Suit le temps de la Passion où il se retire avec ses disciples pour affronter la mort. Ce ne sera qu’à la résurrection que la lumière de sa présence rejaillira comme espérance nouvelle.

La lumière peut être aveuglante. Quand vous sortez d’une cave sombre et que vous ouvrez la porte sur un plein soleil… l’invasion lumineuse empêche de voir tant que la rétine ne retrouve pas ses fonctions. Ça c’est pour le regard optique. On peut parfois se demander s’il n’en va pas un peu de même lorsque nous sommes perdus dans nos propres ténèbres, dans la part obscure de l’humain. Lumière et aveuglement, ces images sont un peu paradoxales. Si Jésus est lumière et que nous sommes dans un aveuglement, comme les Pharisiens du récit biblique, de quel aveuglement s’agit-il ? On peut légitimement se demander aussi de quelle lumière s’agit-il ? Aveuglés par nos propres fascinations ? Aveuglés d’une lumière ténébreuse ? Le paradoxe est total. Peut-on parler de lumière quand on pense aveuglement ?

La lumière pour Jean est le moment où Dieu peut se manifester ouvertement. Or, même si Dieu se manifeste, faut-il encore en voir la trace, faut-il la chercher, être ouvert à sa présence. Ne pas vouloir de cette présence, c’est sans doute ça l’aveuglement… comme si la lumière est manifeste et que l’on dise… non, il n’y a pas de lumière. Les Pharisiens ont reçu la Torah, mais ils sont aveuglés par leur interprétation, comme nous pouvons l’être à notre tour par nos raisonnements qui excluent d’entrée la possibilité pour Dieu d’intervenir dans nos vies.

Il est vrai que pour nous rien n’est évidence, sinon ce ne serait pas de la foi que de croire en Dieu. N’est-ce pas pour cette raison que Jésus ajoute immédiatement à sa déclamation « qui vient à ma suite ne marchera pas dans les ténèbres ; il aura la lumière qui conduit à la vie. » C’est une démarche qu’il propose, plus simplement une marche à sa suite. La lumière vient de ce que l’on se met à son écoute et que son enseignement imprègne son existence et la marque du sceau de la vie. Oui, la marque de fabrique du Christ, c’est la vie, tout ce qui fait vivre vraiment. Suivre Jésus, c’est se faire littéralement son acolyte (le suivant), à la fois serviteur et à la fois complice de la vie.

Je ne sais pas à l’avance ce que veut dire suivre Jésus et devenir son acolyte, mais une chose est certaine, c’est choisir la vie. Même si rien n’est limpide, rien n’est évidence, tout est possible quand il est question de la vie. Aujourd’hui, c’est la vie que nous devons privilégier en ce temps de confrontation à la contagion. Se laisser envahir par la peur, ce serait se laisser aveugler par nos émotions. Non pas qu’elles ne doivent pas s’exprimer, bien au contraire, mais la peur qui nous domine au lieu de nous alerter peut aveugler nos sens et notre réflexion. Choisir la vie nous permet de nous poser les questions sur ce qui est essentiel, ce qui nous relie les uns aux autres, ce qui nous donne un avenir ensemble.

« Je suis la lumière du monde. Celui qui vient à ma suite ne marchera pas dans les ténèbres ; il aura la lumière qui conduit à la vie. » voilà qui peut m’aider à faire le pas suivant dans la confiance que le Christ me précède sur ce chemin de la vie.

Jean Biondina, pasteur