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La rivalité stimule ou détruit ?

Les disciples qui suivent Jésus sur les chemins de Palestine sont de drôles de coco. Heureusement !
– Comment ça « heureusement » ?
– Eh bien oui, heureusement, car grâce à leur maladresse, nous en savons toujours plus sur la bonne nouvelle annoncée et vécue par Jésus.

Cette fois-ci ils sont pris la main dans le sac. Lisez plutôt ce passage : « Ils arrivèrent à Capernaüm. Lorsqu’il fut dans la maison, Jésus leur demanda : De quoi discutiez-vous en chemin ? Mais ils gardèrent le silence, car en chemin ils avaient discuté entre eux pour savoir qui était le plus grand. Alors il s’assit, appela les douze, et leur dit : Si quelqu’un veut être le premier, il sera le dernier de tous et le serviteur de tous. Et il prit un petit enfant, le plaça au milieu d’eux, et l’ayant pris dans ses bras, il leur dit : Quiconque reçoit en mon nom un de ces petits enfants me reçoit moi-même ; et quiconque me reçoit, reçoit non pas moi, mais celui qui m’a envoyé. » Evangile de Marc, chap. 9, versets 33 à 37

On perçoit bien la scène de retour à la maison quand Jésus a les oreilles qui traînent vers les derniers disciples à la traîne puisqu’ils ont des choses à se dire. Des messes basses sans doute. En tous cas, on ne les imagine pas en train de tenir des échanges théologiques à propos de savoir qui est le plus grand parmi eux. Bon, après le maître, il va sans dire. Mais être le second, ça c’est une position enviable.

Fin pédagogue, Jésus commence par une question pour les faire parler : de quoi discutiez-vous en chemin ? Se sont-ils disputés le nombre de guérisons à leur palmarès de bon et fidèle serviteur ? Ou alors celui qui avait mieux mémorisé les enseignements ? Je ne les vois pas en train de déclamer les paraboles entendues ci et là sur leur parcours initiatique de disciple. Peut-être qu’ils se demandaient si être le plus grand consistait à avoir un grand élan, un généreux enthousiasme à suivre Jésus ? Dans ce cas, ce serait certainement Pierre qui serait sur le podium, ça c’est sûr. Bref, la dispute a dû être assez vive pour attirer l’attention de Jésus et faire l’objet d’un enseignement de plus.

Jésus s’asseye comme le maître qui enseigne ses élèves. C’est la position du maître qui, lui, n’est pas sur un strapontin élevé au-dessus des autres. Il est là, il appelle les disciples, c’est-à-dire ceux qui doivent acquérir une connaissance ou un enseignement, et commence la leçon en leur assénant une première vérité : Si quelqu’un veut être le premier, il sera le dernier de tous et le serviteur de tous.

Avez-vous remarqué que Jésus ne s’oppose pas au fait de vouloir être le premier ? Si quelqu’un veut être le premier… si vous voulez rivaliser… allez-y, ne vous gênez pas. Mais alors sachez que ce sera l’inverse de la logique qui préside à toute rivalité humaine naturelle. Cette rivalité qui nous pousse à vouloir toujours plus, à aller toujours plus loin, à viser toujours plus haut… quitte à dévisser. Le premier ici ne sera pas le dernier, mais le plus petit. En fait, il sera littéralement le diacre (diakonos en grec). Et pour mieux illustrer son propos, Jésus passe à l’exercice pratique, prenant un enfant, il le place au milieu de l’enseignement… après l’avoir embrassé. Jésus montre que son accueil est avant tout pour ce petit être fragile, de loin pas considéré comme un enfant-roi à cette époque. L’enfant est plutôt l’image d’un être qui dépend de plus grand que soi. Fragile et vulnérable, il ne peut pas compter sur ses propres forces pour vivre. Il est ainsi l’image de celui qui dépend de Dieu lui-même pour vivre et se développer.

Ici, on l’aura noté, il n’est pas question de faire ou de jouer à l’enfant, comme s’il suffisait de retomber en enfance, en innocence pour être un bon disciple, mais seulement d’accueillir cet enfant.
Ouvrir ses bras, comme le fait Jésus à cet enfant, c’est accueillir la faiblesse et la fragilité du plus petit de la société humaine. Si je suis capable d’accueillir l’enfant, alors je suis le maître (du verbe suivre et non pas du verbe être… qui me ferait alors revenir dans un rapport de force et de grandeur contraire au message de Jésus !!!). Bien plus, il s’inscrit dans un mouvement qui le lie à la source de toute vie, à Celui qui envoie le Christ, Dieu lui-même.

Encore un mot : cet enseignement de Jésus fait suite à la deuxième annonce de sa Passion et de sa résurrection, comme pour dire que donner sa vie pour les autres par amour vaut bien plus que toutes les médailles de bravoure ou d’estime de soi du monde, voire de l’univers entier.

Alors la rivalité stimule-t-elle ou détruit-elle ? A vous de vous poser la question dans vos rapports aux autres. Peut-être en pensant à ce que Paul écrit aux chrétiens de Rome : « Que l’amour fraternel vous lie d’une mutuelle tendresse ; rivalisant d’estime réciproque. » Romains 12, 10

Jean Biondina, pasteur