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La rage, puissant moteur d’existence.

Vous aurez sans doute rencontré des gens dont la dynamique de vie est d’être contre, de mener une lutte contre… contre la famine dans le monde, contre l’injustice, contre la discrimination. Surtout certaines de ces personnes en veulent au monde entier d’être léthargique face à ces injustices criantes. Et on peut les comprendre, mais on peut également ressentir un malaise. Pourquoi cette hargne dans cette lutte. Souvent cela repose sur un sentiment d’injustice qui trouve racine dans l’histoire de la personne. Dans l’histoire de ce jour, Paul qui deviendra le dernier des grands apôtres, mène un combat sans merci contre les premiers chrétiens. Voici le récit de son retournement :

« Saul, ne respirant toujours que menaces et meurtres contre les disciples du Seigneur, alla demander au Grand Prêtre des lettres pour les synagogues de Damas. S’il trouvait là des adeptes de la Voie, hommes ou femmes, il les amènerait, enchaînés, à Jérusalem. Poursuivant sa route, il approchait de Damas quand, soudain, une lumière venue du ciel l’enveloppa de son éclat. Tombant à terre il entendit une voix qui lui disait : « Saoul, Saoul, pourquoi me persécuter ? » — « Qui es-tu, Seigneur ? » demanda-t-il. Je suis Jésus, c’est moi que tu persécutes. Mais relève-toi, entre dans la ville, et on te dira ce que tu dois faire. » Ses compagnons de voyage s’étaient arrêtés, muets de stupeur : ils entendaient la voix, mais ne voyaient personne. Saul se releva de terre, mais bien qu’il eût les yeux ouverts, il n’y voyait plus rien et c’est en le conduisant par la main que ses compagnons le firent entrer dans Damas où il demeura privé de la vue pendant trois jours, sans rien manger ni boire. » (Actes 9, 1-9)

Luc emploie le terme de disciple du Seigneur pour tous les croyants dans le sens de celui qui suit, celui qui apprend du maître. Ce sont donc toutes celles et tous ceux qui ont cru à la résurrection de Jésus et qui ont intégré cette nouvelle dimension dans leur vie comme une espérance à partager. Ces sont d’abord des Juifs convertis à cette nouvelle Voie qui fréquentent les synagogues hors du pays d’Israël.

On nous décrit Paul comme respirant menace et meurtre. Glaçant ce bref portait d’homme rempli de haine au point de demander l’autorisation d’aller arrêter les déviants dans d’autres villes, après avoir déjà sévi à Jérusalem. Respirer est viral pour l’humain, mais alors respirer menace et meurtre, on imagine que la préoccupation de réduire à néant les mécréants est omniprésente dans son existence. C’est son ADN (anachronisme terrible mais qui peut mieux imager cette haine). Il ne vit que pour cela. Mais on est en droit de se demander d’où lui vient cette rage-là. Saul, avant de devenir Paul, a été disciple de Gamaliel, docteur de la Loi très apprécié du peuple (cf Actes 5, 34). Il connait parfaitement les Ecritures et lutte pour une application stricte de la Loi. Il est sincère dans sa religion mais également absolu, ne laissant aucun espace à la différence. La Loi c’est la Loi.

Tout habité de son projet néfaste pour les croyants en Jésus, mais certain de mener un bon combat, le voilà arrêté net sur cette route de la mort. On le représente souvent sur son destrier et, renversé par une vive lumière, il tombe à terre. Ce qui ressort, c’est que du haut de sa certitude il se retrouve à terre… au même niveau que tous.

La lumière symbolise ici la présence divine et la vie. Ce qui vient à la lumière disait Jésus participe à la vraie vie : « Celui qui fait la vérité vient à la lumière pour que ses œuvres soient manifestées, elles qui ont été accomplies en Dieu. » (Jean 3, 21). Et Paul est enveloppé de cette lumière comme si ce qu’il cherchait profondément le rejoint dans son erreur. Il se trompe mais Dieu voit son cœur désorienté.

La voix interpelle Saul et par deux fois, pour bien montrer qu’il s’agit de lui et pas d’un autre, est appelé par son nom. Le nom ici c’est toute l’identité de la personne. C’est bien lui qui est sollicité par cette voix dans tout ce qu’il est, dans sa pleine identité, dans son histoire, dans son vécu… de persécuteur.

A la question de son identité répond la question de qui l’interpelle. Le dialogue peut enfin commencer.

Saul a persécuté celui qu’il ne connaissait pas, un peu comme ces personnes qui sont contre la foi chrétienne, mais qui n’ont jamais ouvert une fois la Bible de leur vie ; ils sont contre car ils savent… selon leurs sentiments, très souvent en révolte contre Dieu, contre les Eglises… en révolte intérieure non reconnue d’une blessure qui les affecte et qu’ils adressent désespérément vers l’extérieur, vers les autres.

Saul qui savait, Saul qui menait, Saul qui entreprenait… est à présent cloué au sol, aveuglé à présent, alors qu’il l’était déjà auparavant sans le savoir ni le reconnaître tellement il se sentait investi du bon droit. On doit le conduire lui qui était en tête. Et durant trois jours il sera comme mort ne mangeant ni ne buvant rien. Il est pris dans le tombeau de ses erreurs et peut à présent méditer sur son parcours de vie.

On peut connaître parfois des passages à vide sans ressembler à Saul de Tarse, et surtout pas pour les mêmes raisons. Mais si on se sent vidé de sa vie, le Seigneur n’est pas loin et on peut lui adresser cette simple prière : qui es-tu Seigneur ? qui es-tu pour moi Seigneur Jésus ? je pose devant toi mes luttes, mes échecs, mes attentes, viens par ta lumière me redonner l’envie de poursuivre autrement ma route.

Jean Biondina, pasteur