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La paix ou la guerre ?

Si vis pacem, para bellum, si tu veux la paix, prépare la guerre. Cet adage latine nous incite à anticiper pour se prévenir contre la guerre et préparer la paix. Souvent invoquée pour justifier un armement préventif contre des potentiels ennemis à ses frontières.

Jésus, lui, est perçu comme un pacifiste avant la lettre et pourtant aujourd’hui il nous réserve une de ses curiosités qui nous laisse d’abord sans voix. Jugez plutôt :

« Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère ; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. » (Matthieu 10, 34-36)

Apporter l’épée n’est en effet pas très pacifiste pour un homme de paix, un sage, voire bien plus… Dieu qui vient parmi nous.

Avant tout il semble vouloir lever un malentendu en disant « ne croyez pas… ». Comme s’il voyait dans les yeux de ses disciples ou de ses auditeurs fidèles ou de passage qu’une fausse idée circulait à son propos. C’est vrai que l’on peut voir un Jésus bisounours qui aime tout un chacun et un peu naïf en parlant toujours d’amour. Fi de cette image, elle vole ici en éclat ! Jésus n’est pas le tendre que l’on veut en faire, un mou, un souple de la relation. Non il n’est rien d’un mollusque, mais alors doit-on voir en lui plutôt un guerrier spirituel ?

En fait Jésus est d’une lucidité qui traverse tous les écrans de fumée que nous plaçons dans nos relations et nous montre ce qui est véritablement à voir. Il se situe dans la logique même qui le conduira à affronter la cruauté humaine, celle d’un homme juste pendu au bois de l’injustice.

Pour lui, soit son message ne produit aucun effet et tout le monde peut regagner sa chaumière l’âme en paix, plein d’illusions qui feront écran ou son message est percutant et risque alors de produire des effets non désirés. Car qui souhaite dégainer des épées pour des idées ?

Pour faire court, Jésus nous dit par avance que croire en lui peut coûter le prix d’une division. Ce qu’il dit dans son enseignement oblige à faire un choix pour ou contre lui. Non pas qu’il désire cela, mais il sait que ce qu’il est en train d’enseigner et dont nous en avons une trace dans les évangile vient modifier notre regard sur Dieu et sur l’humain. S’il libère l’humain du poids de son péché (le fait de rater sa relation à Dieu, aux autres et même à soi-même), il le remet en route et provoque chez celles et ceux qui deviennent ses disciples des choix qui n’auront pas l’heur de plaire à tous.

Son enseignement basé sur l’amour, le pardon et la réconciliation pose la question des choix que nous faisons, des actions que nous menons, des pensées et idées que nous développons. Imaginez quelqu’un qui dit adhérer à la démarche Zéro déchet et que vous surprenez à la sortie d’un magasin le chariot rempli de marchandises bien emballées avec du plastique jetable… vous allez immédiatement vous poser des questions… à la hauteur des discussions que vous auriez eues avec cette personne. C’est naturel.

Alors quand Jésus prend l’image du glaive, de l’épée qui coupe en deux… il montre qu’adhérer à son enseignement engage au point que l’on peut prendre des décisions ou des options en matière de choix de vie, d’éthique qui dérangeront d’autres. Et qui est plus à même de voir ces changements si ce n’est celles et ceux qui nous connaissent le mieux : d’abord les membres de sa famille.

Jésus n’est pas venu apporter la tranquillité bourgeoise d’une l’âme paisiblement retirée dans ses acquis. Il vient nous déranger et il l’affirme haut et fort. Son évangile est une bonne nouvelle qui créée l’intranquillité de l’âme pour plus d’être. C’est une transformation intérieure qui trouve des expressions extérieures.

Quand j’ai arrêté de fumer, il y a fort longtemps, je n’avais jamais reçu autant d’offre de cigarettes par les autres fumeurs, pourquoi ? Je me l’explique par le fait que l’autre aimerait arrêter à son tour, mais n’en n’a pas le courage. Il préférerait se passer de quelqu’un qui lui montre que c’est possible d’arrêter de fumer alors que lui en est incapable. D’où ce jeu, cette plaisanterie.

Cette parole de Jésus sur le glaive veut aussi encourager les croyant.es qui sont persécutés pour leur foi. Nous ne le sommes pas directement dans notre pays, mais on sait les ravages qu’ont représenté les guéguerres entre catholiques et protestants d’une même famille.

Toutefois, il ne faut pas s’y méprendre. Les désaccords possibles dans les relations aux autres ne tiennent pas toujours au fond de la foi en Christ. Cela peut venir de la forme que nous y mettons. J’ai trop rencontré de gens qui mélangent leurs convictions ou certitudes avec la foi en Christ qui, elle, est plus souvent faite de questionnements que de réponses définitives. L’attitude arrogante ou entêtée du croyant ou de la croyante peut faire l’objet de rejet plus que le contenu de la foi en Christ. Si je ne laisse pas de place à l’autre comme espace de liberté, comment voulez-vous qu’il ou elle sente l’esprit de liberté que le Christ nous offre ?

La division que prédit Jésus tient plus à la prise de position face à son message que du port d’un glaive de sa part. De plus, la Parole de Dieu est comme une épée tranchante : « Vivante, en effet, est la parole de Dieu, énergique et plus tranchante qu’aucun glaive à double tranchant. Elle pénètre jusqu’à diviser âme et esprit, articulations et moelles. Elle passe au crible les mouvements et les pensées du cœur. » (Hébreux 4, 12). Cette Parole de vie qui vient questionner et mettre des mots sur ce que nous vivons et espérons tout au fond de nous.

Ne croyez pas… nous dit Jésus. Cessons de nous illusionner sur nous-mêmes et laissons-le nous interroger et nous emmener sur des chemins qui ouvrent à de nouvelles compréhensions des autres et de nous-mêmes.

Jean Biondina, pasteur