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Joseph, mon ami de l’ombre – Covid19

« Jacob engendra Joseph, l’époux de Marie, de laquelle est né Jésus, que l’on appelle Christ. (…) Voici quelle fut l’origine de Jésus Christ. Marie, sa mère, était accordée en mariage à Joseph ; or, avant qu’ils aient habité ensemble, elle se trouva enceinte par le fait de l’Esprit Saint. Joseph, son époux, qui était un homme juste et ne voulait pas la diffamer publiquement, résolut de la répudier secrètement. Il avait formé ce projet, et voici que l’ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse : ce qui a été engendré en elle vient de l’Esprit Saint, et elle enfantera un fils auquel tu donneras le nom de Jésus, car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. » (…) A son réveil, Joseph fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse ».
Matthieu 1, 16.18-21.24b

Pour une fois, ce n’est pas un homme qui est le héros de l’histoire, toutefois Joseph en aurait les traits, lui qui est dans l’ombre de Marie et lui donne un statut social important pour l’époque. Marie sans mari serait perçue en ce temps-là comme une trainée qui aurait cédé à la tentation de la chair. Ce qui m’intéresse à présent, c’est le rôle discret mais certain de ce Joseph à l’arrière-boutique de son atelier familial. Tout discret qu’il est, il n’en occupe pas moins une place dans la foi. Les autres traditions chrétiennes s’en sont émues et lui font une place que les protestants auraient tort de mettre de côté. Ou du moins, si nous le mettons de côté, alors mettons-le du bon côté, à savoir dans la coulisse de l’histoire pour y faire jouer les accessoires utiles au bon déroulement de la vie humaine. Pour faire court, Joseph exerce un rôle en retrait qui favorise l’annonce de la bonne nouvelle de Dieu par Jésus et qui la porte subtilement vers son but. Joseph mène une action dans le récit biblique indispensable à la venue de Dieu parmi nous.

Aujourd’hui les professionnels de la santé sont remerciés chaque soir par des chants aux balcons du monde, des applaudissements ou encore par le son de cloches de vache. A n’en pas douter, demain verra d’autres formes de reconnaissance pour celles et ceux qui se battent au quotidien contre le Covid19. Il ne faut néanmoins pas oublier tous les soignant.es qui dans l’incertitude de notre nouveau quotidien se rendent au domicile des malades pour les soigner malgré ce fichu virus.

Je pense également à tous ces hommes et ces femmes qui me permettent d’avoir de l’eau propre à mon robinet, de me chauffer, de me nourrir tous les jours grâce à leur fidélité au poste qui leur est attribué. Et encore pour mes poubelles, l’essence de mon véhicule, l’électricité, internet, la poste, etc. Je regrette d’ores et déjà de ne pas pouvoir fournir une liste exhaustive tant je me sens reconnaissant pour tous ces Joseph de l’ombre qui favorisent et entretiennent nos vies par leur travail. Nous leur disons : un immense merci. J’ai mis un « nous » ici, pensant que vous seriez d’accord avec moi.

Chaque fois que vous ferez un geste après avoir lu cette méditation, pensez à l’effort qui aura été consenti pour vous aider dans cette journée. Je vous renvoie aux suggestions ci-avant.

Joseph est confronté à une situation qui le perturbe et la seule solution qui se présente à ses yeux est une rupture douce avec Marie pour ne pas la diffamer publiquement. Il aurait pu laver son honneur en en appelant aux autres et dénoncer son ignominie au grand jour. Il ne pense pas agir ainsi et on sent déjà l’homme d’honneur dans son comportement. Néanmoins, il ne peut envisager qu’un éloignement salutaire de celle qui aura été pour un temps sa fiancée. Pour sortir de cette impasse seule une interpellation venant de l’extérieur, au cours d’un rêve, peut venir changer la donne et le faire sortir de sa crainte. L’ange intervenant lui ouvre une sortie qu’il s’empresse de prendre. Pourquoi ? Simplement parce qu’un sens nouveau surgit dans cette situation inextricable. Cet enfant est sauveur du peuple. Rien que ça ! Ouf.

Il est vrai que tant que je suis pris par la peur, et en ces temps ce sentiment prend de multiples formes dans la société et en moi (achats pour se sécuriser, recherche de nouvelles distractions, écoute fébrile des infos jusqu’à celles qui sont fausses, etc.), mon cerveau et mon cœur ne sont pas en harmonie… et je risque de me comporter bizarrement. Un peu comme Joseph aussi. Qu’est-ce qui peut calmer mes angoisses ? D’abord, prendre conscience de mes propres peurs, en parler, les adresser à Dieu par la prière et enfin laisser entrer en soi un autre message que la peur et ses expressions. Pour Joseph, la parole d’apaisement est « ne crains pas de prendre chez toi… » donc d’accepter la situation du moment qu’elle prend un autre sens. Pour nous, ce pourrait être cette parole de Jésus « Je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 20). Une promesse à laisser venir en soi, à prier (permets-moi Seigneur de t’accueillir au cœur de l’adversité).

Oui, sortons de nos endormissements et soyons dans la reconnaissance de la présence du Seigneur à nos côtés et de tous ces Joseph anonymes qui veillent sur nous tous.

Jean Biondina, pasteur