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Je suis parfait ?

… on pourrait le dire de Jésus à la manière dont il est présenté dans l’évangile de Jean. A sept reprises Jésus dit son identité par des images que les gens de cette époque comprennent, mais qui provoquent l’ire de ses adversaires. Il est vrai que si l’on ne croit pas en Jésus, il peut paraître, tel que présenté dans Jean, totalement prétentieux. Alors qui est Jésus et que nous dit-il de l’importance de l’identité pour lui et pour l’humain ?

Voici les principaux passages chez Jean où Jésus parle de son identité :

« Je suis le pain de vie. » Jean 6, 48

« Je suis la lumière du monde. Celui qui vient à ma suite ne marchera pas dans les ténèbres ; il aura la lumière qui conduit à la vie. » Jean 8, 12

« En vérité, en vérité, je vous le dis, je suis la porte des brebis. » Jean 10,7

« Je suis le bon berger : le bon berger se dessaisit de sa vie pour ses brebis. » Jean 10, 11

« Je suis la résurrection et la vie : celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra. » Jean 11, 25

« Je suis le chemin et la vérité et la vie. Personne ne va au Père si ce n’est par moi. » Jean 14, 6

« Je suis la vigne, vous êtes les sarments : celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là portera du fruit en abondance car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire. » Jean 15, 5

Quand on fait un rapide tour de ces passages au nombre de 7, on y découvre Jésus qui nourrit, éclaire, ouvre, rassure, fait vivre, oriente et célèbre la vie. Par ces différents JE SUIS, il délivre chaque fois une part de sa réelle identité mais aussi une part du visage de Dieu à travers lui. Dieu, qui échappe à notre vue, à nos sens et également à notre intelligence, se donne à connaître par son Fils. Jésus est révélation de Dieu en ce monde.

Si on approche les affirmations de Jésus comme le faisaient les autorités religieuses de son temps, alors oui Jésus peut être perçu comme un prétentieux. Toutefois son enseignement est toujours à mettre avec sa pratique : il va à la rencontre des exclus de son temps pour les remettre debout, les guérir dans leur corps et dans leur esprit, pour les restituer à eux-mêmes, pour les re-susciter au corps social qui souvent les a rejetés.

Si ce que je suis, si mon identité me place au-dessus des autres, dans un rapport de force, alors je vais sans doute avoir du mal à entendre les paroles de Jésus. Tandis que si je me mets à son écoute, il n’y a aucun doute que je vais pouvoir faire cheminer ma personne, mon identité, par cette belle fréquentation. Car en fréquentant Dieu, on ne peut que cheminer. Je dis bien Dieu et non les représentations que nous en avons. Et nous en avons tous, des représentations. C’est pourquoi il n’est pas inintéressant de découvrir ces différentes facettes du Christ qui se donne à connaître par ces sept « Je suis ».

Nous venons de voir dans la méditation précédente la parabole du berger. Plus loin, Jésus s’identifie à ce berger qui veut du bien à ses brebis qu’il connait, mais plus encore lorsqu’il dit être ce bon berger qui va jusqu’à donner sa vie pour ses brebis. Ce « jusqu’à » c’est simplement la croix où il va mourir. Pas tellement pour défendre sa pensée jusqu’au bout menant alors un combat d’idées, mais jusqu’au bout par amour, par don de soi, pour sauver le monde. Et cela fait écho à ce passage tout à fait central de cet évangile : « Dieu, en effet, a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, son unique, pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle. Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. » (Jean 3, 16-17).

Trop souvent on dit que Dieu avait besoin du sacrifice (sanglant) de son Fils pour être satisfait, sur le mode des sacrifices d’animaux qu’on offrait au temple de Jérusalem. Ce temps est révolu. Il n’est plus besoin d’offrir des sacrifice pour être pardonné de nos fautes, du péché (rupture qui nous sépare de Dieu). Eh non, Dieu n’avait pas besoin de sacrifice sanglant, par contre il se donne totalement aux humains par amour, sans condition préalable. La croix exprime toute la violence humaine que Dieu regarde en face : il la subit en Jésus et lui donne une autre issue que la mort vers laquelle elle conduit inéluctablement. Et ce mouvement de Dieu est un don, le don le plus total, comme celui du berger qui est prêt à donner sa vie pour ses brebis (Jean 10, 11, voir le passage ci-avant).

Le bon berger nous révèle Dieu qui se donne par amour et qui rétablit la relation rompue avec lui. Il fait le pas qui nous manque, il vient vers nous et il rétablit tout, il apaise tout et rend à nouveau possible la vie.

Imaginez que vous avez rompu une relation avec quelqu’un que vous appréciez bien. Imaginez… car cela ne vous est sans doute jamais arrivé… ? … bon reprenons. Imaginez que cette rupture vous ait blessé.e et que chaque fois que vous y songez, votre ventre se tord, votre deuxième cerveau (comme on aime le dire aujourd’hui) vous envoie des signaux de détresse. Vous vous dites intérieurement que c’est l’autre qui est dans ses torts… si vous ne vous voyez plus, c’est de sa faute. Et peut-être que vous avez après tout raison. Poussons notre imagination en pensant que ce soit l’autre qui a vraiment tort, et que vous soyez la personne lésée. Mais vous vous dites : « après tout si je ne fais pas le premier pas… rien ne s’arrangera et nous ne nous verrons plus. Heu… oui, mais si je fais ce premier pas, cela voudra dire que c’est moi qui reconnais avoir les torts. » A ce moment-là vous prenez la décision ferme de vous dire que quoi qu’il arrive, c’est vous qui ferez ce premier fichu pas vers l’autre. Et vous y allez… (je vous laisse deviner ce qui peut se passer).

Dieu a fait ce pas en Jésus, pas d’amour, élan de passion et de pardon. Il a fait sa part… à nous de faire la nôtre.

Jean Biondina, pasteur