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Isolez-vous les uns les autres… dans l’amour.

Non ce n’est pas un nouveau commandement, mais seulement une injonction sanitaire pour se sortir au plus vite de la crise du Coronavirus. Isolez-vous les uns des autres, par mesure de précaution et pour éviter autant que faire se peut de propager ce fichu virus. Ajouter dans ce titre un « dans l’amour », c’est majorer d’une autre perception ce « sauvons-nous ensemble ». Car l’amour change tout, n’est-ce pas ?

« Prenez donc bien garde à vous-mêmes : aimez le SEIGNEUR, votre Dieu. »
(Livre de Josué, chap. 23, verset 11) ou encore ces paroles de Jésus : tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée et de toute ta force. Voici le second : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n’y a pas d’autre commandement plus grand que ceux-là. » (Marc, chap. 12, versets 30 et 31).

On peut se demander si prendre garde à soi-même se fait par l’amour ou du moins si prendre garde à soi, c’est automatiquement y inclure Dieu. Ce n’est pas ce que nous dit une bonne partie de la société à travers ce slogan usuellement déclamé « réalise-toi toi-même », deviens qui tu dois devenir par ta seule volonté ou par ta seule force.
Habituellement les nouvelles que nous recevons par les médias regorgent de faits divers ou autres nouvelles des nations plutôt accablantes et lourdes à entendre. Aujourd’hui c’est le virus, son combat ou ses effets sur la santé, qui occupe dans de multiples domaines (médecine, économie, sport, loisir, nourriture, etc.) le devant de la scène. Mais, « grâce » à lui, nous assistons aussi à des élans de générosité, insoupçonnés il y a seulement une quinzaine de jours en arrière. Soit ils étaient déjà présents mais peu ou totalement invisibles, soit ils ont émergé de manière circonstancielle pour répondre aux besoins du moment. Par exemple les jeunes qui font les courses pour les aînés. On est en droit de se demander ce qu’il adviendra de ce élans généreux une fois le virus volatilisé. Ça c’est une autre question, pour le moment.

En attendant, l’amour change tout dans la vie et lui donne particulièrement des couleurs d’espérance ces jours-ci. Car, oui, lorsque nous nous abstenons ou plus simplement restreignons nos déplacements, ce n’est pas uniquement pour nous, mais c’est également un geste d’amour pour les autres. Et dans une pleine conscience de son retrait des activités ou du respect des règles de précaution en vigueur, nous pouvons associer cela à des gestes d’amour du prochain : je suis loin de toi par amour pour toi que je ne connais pas forcément mais dont le sort me préoccupe aussi, toi mon ami.e en humanité.

Dans le fond, cet amour qui se manifeste ces jours à travers les égards que nous avons les uns par rapport aux autres (malheureusement pas tous, hélas), est-il bien ancré en nous ou est-ce une manière d’exorciser ce mal invisible qui nous assaille ? Jusqu’où se loge dans ma vie l’amour pour Dieu, pour mon prochain (éloigné) et pour moi-même ?

Si on écoute bien le rappel de l’amour, on y entend ces paroles : tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée et de toute ta force.

Le cœur est le lieu le plus intime de la personne où se prennent les décisions importantes, où se loge les valeurs qui le portent ; l’âme est le lieu d’expression des sentiments humains, là où son ressenti l’élève vers une plus grande humanité ou le rabaisse vers sa propre destruction ; la pensée n’est pas seulement celle qui est vagabonde, mais le lieu où s’élabore et se construit la représentation du monde que l’on a et la façon dont on désire participer à ce monde ; tandis que la force est l’énergie concrète que l’on met à réaliser ses pensées et les projets de son cœur. On voit bien ici que toutes les dimensions de la personne sont engagées quand on parle de l’amour pour Dieu. C’est un engagement entier et sans réserve.

Les autres dimensions de l’amour qu’est celui pour le prochain ou pour soi-même découle de celui que l’on a pour Dieu ; l’amour n’est pas partageable, il est total. Quand on aime Dieu, on aime les autres aussi. Je ne parle pas ici de ce qui arrive parfois : on croit aimer Dieu, mais c’est une image de Dieu que l’on aime, d’un dieu intérieur que l’on se fabrique à la ressemblance de ses propres valeurs, souvent bourgeoises. Aimer Dieu, c’est avant tout mettre en pratique l’amour et la justice, et non pas des pratiques religieuses particulières qui sont souvent teintées de naphtaline.

Quant à l’amour pour soi-même, qui devrait être de même nature que celui exprimé pour Dieu, il prend une autre couleur lorsque cet amour n’est tourné que vers soi-même. On appelle cet amour égoïsme. Mais justement, il y a là une incompatibilité de termes, car l’égoïsme n’est pas amour de soi. Il ne peut pas être de l’amour. L’égoïsme est un quant à soi sans l’autre, alors que l’amour ne peut être qu’une circulation constructive, créatrice et dynamique de la relation de soi vers l’autre et de l’autre vers soi.

L’amour n’est jamais mièvre ou naïf, car il est un travail de Dieu en soi. Il est souvent remise en questionnement de nos vies par la Parole qui nous visite intérieurement. Ce travail est une visitation de Dieu qui désir rétablir en profondeur l’humain en nous et autour de nous dans sa pleine autorité, l’humain comme auteur de sa vie et capable de vivre en harmonie et en paix avec les autres. Son expression la plus accomplie se donne à connaître en Jésus et dans sa bonne nouvelle.

J’espère que ce temps particulier qui nous oblige à vivre autrement soit un temps d’expérimentation de l’amour, celui qui vient de Dieu et qui déploie ses ailes dans nos cœurs et dans nos vies.

Jean Biondina