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Incitation à demander

Qui ne demande rien ne recevra rien en retour, mais qui demande n’aura pas forcément ce qu’il demande en retour. C’est un peu compliqué de demander. Si je ne demande rien à personne, peut-être que cela me rassure car je ne serai jamais déçu.e. Jésus pousse ses disciples à la demande, pourquoi ? Ecoutons plutôt :

« Demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira. En effet, quiconque demande reçoit, qui cherche trouve, à qui frappe on ouvrira. Ou encore, qui d’entre vous, si son fils lui demande du pain, lui donnera une pierre ? Ou s’il demande un poisson, lui donnera-t-il un serpent ? Si donc vous, qui êtes mauvais, savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père qui est aux cieux donnera-t-il de bonnes choses à ceux qui le lui demandent. » (Matthieu 7, 7-13).

Ici, la demande n’est pas n’importe laquelle car on adresse sa demande au Père. Plus encore : à « votre » Père. Alors que celles et ceux qui ont un problème avec la figure du père se rassurent, ce Père-là ne ressemble en rien aux pères humains que nous pouvons être. Le père humain sera toujours imparfait tandis que Dieu, lui, est l’être le plus parfait qui soit. Cela dit les mots que nous employons pour décrire Dieu passent par nos limites d’expression et nous pourrions tout autant nous adresser à Dieu notre mère que Dieu notre père. Quand dans les évangiles Jésus parle de Dieu comme père, il ne le fait pas avec un complexe freudien en arrière-pensée pour l’éliminer et prendre sa place. Il nous parle de Dieu son Père comme un être divin tout autre mais tout proche. Dieu de tendresse, Dieu accueillant, Dieu aimant… et qui n’en reste pas moins Dieu pour nous, dans une altérité qui dépasse nos cadres de compréhension humaine. Dieu qui nous échappe est ce même Dieu qui se fait proche et intime.

Et Jésus nous invite à découvrir Dieu à travers trois verbes dynamiques : demander, chercher et frapper.

Imaginez-vous à présent en train de demander votre chemin à une personne dans la rue. Au pire si on vous reçoit mal en vous répondant que vous devez vous débrouiller tout seul, ça vous froisse quelque peu sur le moment d’être reçu si glacialement, mais vous pouvez poursuivre votre route et vous adresser à quelqu’un de plus aimable. Tandis que si vous vous lancez à votre compte et demandez un prêt bancaire à votre banque… vous pouvez craindre un refus et pourriez être tendu par l’incertitude de la réponse. Et dans ce cas, le temps est toujours horriblement long et une réponse négative terriblement décevante. Il en va de même dans toutes nos relations humaines quand on demande et attend une réponse… évidemment souhaitée positive.

Demander coûte à celui ou celle qui attend une réponse qui devrait aller dans son sens. Demander, selon le Petit Robert, c’est exprimer un désir ou un souhait à quelqu’un de manière à en provoquer la réalisation. A moins de vouloir manipuler l’autre, une fois la demande adressée… je dépends de la réponse de l’autre. Pas toujours agréable de devoir dépendre de l’autre.

Ce qui diffère dans cet enseignement de Jésus c’est son affirmation quasi naïve : « demandez, on vous donnera ». Comme s’il y avait un automatisme dans la réponse. Ou alors, comme si à cette demande était rattaché une promesse. Oui, une promesse. Si je demande à Dieu… il me donnera. Génial, non ? Cela sous-entend que je fais confiance à Dieu lorsque je lui adresse ma demande, ma prière, mon attente. Le mot est lâché : confiance. Car il s’agit bien d’une relation de confiance. Comment demander à quelqu’un en qui je n’ai pas confiance ? Surtout ici, sur le plan spirituel.

Jésus nous aide à entrer dans cette prière-confiance quand il prend des exemples exagérés – comme il aime souvent le faire – et qui démontrent que nous sommes déjà habités de cette confiance dans la relation à l’autre, que nous l’expérimentons plus souvent que nous le pensons de prime abord. Si nous savons le faire dans nos relations humaines, alors pourquoi s’en priver dans nos relations à Dieu-Père.

Les autres verbes viennent renforcer l’idée à la manière d’enseigner des rabbis. Répéter trois fois la chose de trois manières différentes c’est ici bien marquer que Dieu-Père entend notre demande et y répond.

C’est là que tout se corse. Comment Dieu-Père répond-il à nos prières, demandes, suppliques ?

Eh bien je vous avoue que je n’en sais rien.

D’abord parce que je ne connais pas la nature de vos demande à Dieu-Père et qu’ensuite je ne crois pas un instant qu’il soit un distributeur de bonbons. Par contre, je m’accroche à la promesse qu’Il répond et qu’il donne de bonnes choses à celui ou celle qui s’adresse à Lui.

Vous souvenez-vous d’une demande que vous auriez adressée à Dieu-Père et de sa réponse ? Si cette même demande quelqu’un vous l’aurait adressée à vous directement, de quelle manière lui auriez-vous répondu… en admettant que vous ayez le pouvoir d’y répondre bien entendu ?

Jean Biondina, pasteur