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Il se prit à l’aimer

Jésus est en route pour Jérusalem avant de vivre sa passion. Il est prêt à donner sa vie par amour… et un homme, sans que rien ne lui soit demandé, vient se jeter à ses pieds. C’est un homme important et probablement cela se voit à ses habits, à sa prestance voire à sa réputation. Bref, cet homme pourrait se contenter de ce qu’il a, mais voilà qu’il cherche autre chose encore. Ses affaires ne lui suffisent pas ou plus, peut-être ne le comblent-elles pas. Il est occupé, mais par quoi ? Découvrons le récit de ce jour :

Comme il se mettait en route, quelqu’un vint en courant et se jeta à genoux devant lui ; il lui demandait : « Bon Maître, que dois-je faire pour recevoir la vie éternelle en partage ? » Jésus lui dit : « Pourquoi m’appelles-tu bon ? Nul n’est bon que Dieu seul. Tu connais les commandements : Tu ne commettras pas de meurtre, tu ne commettras pas d’adultère, tu ne voleras pas, tu ne porteras pas de faux témoignage, tu ne feras de tort à personne, honore ton père et ta mère. » L’homme lui dit : « Maître, tout cela, je l’ai observé dès ma jeunesse. » Jésus le regarda et se prit à l’aimer ; il lui dit : « Une seule chose te manque ; va, ce que tu as, vends-le, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor dans le ciel ; puis viens, suis-moi. » Mais à cette parole, il s’assombrit et il s’en alla tout triste, car il avait de grands biens. » (Marc 10, 17-22)

Cet homme cherche l’ultime : la vie éternelle. Il sait certainement que Dieu l’a comblé, car en ce temps-là on pensait souvent que réussite matérielle correspondait à bénédiction divine (à moins que ce ne soit un lecteur du livre de Job qui contredit cette équation). Il demande comment hériter de la vie éternelle, lui ce fils d’Abraham, héritier spirituel d’un peuple élu. Est-ce qu’il en doute ? Peut-être. En tous cas le voilà en quête, en marche, comme Jésus au début de ce passage. Etre en route permet-il de mieux rencontrer l’autre ? Si je reste chez moi, dans mon for intérieur ou dans ma confortable demeure, je risque de passer à côté de l’essentiel ? Alors pour nous, c’est mal parti avec ce quasi confinement. Heureusement qu’il s’agit ici d’une démarche de la personne vers les autres, cet homme qui est en marche vers les autres et que sa richesse ne l’a pas figé dans son quant à lui.

La discussion part très fort, car cet homme est humble, d’abord par sa posture face à ce maître Jésus (il se jette à ses pieds) et ensuite parce qu’il commence par poser une (vraie) question (et non pas comme certains adversaires de Jésus qui souvent posent des questions pour le piéger). Jésus est à son écoute et le questionne à son tour sur ce vocable de « bon » que l’homme utilise. N’est bon que Dieu… donc on est dans le juste registre quant à la vie éternelle. Et tout de suite, Jésus parle des commandements. Pour faire court, les commandements régissent les rapports entre l’humain et Dieu, mais aussi dans le rapport des humains entre eux. Alors parler de vie éternelle, ne serait-ce pas parler avant tout de la vie de tous les jours entre nous les humains… sous le regard de Dieu ?

La suite du récit est délicieusement belle et bonne. L’homme dit avoir suivi les commandements, ce que Jésus ne nie pas. Ce dernier ne fait qu’une seule chose incroyablement vraie et pure : il le regarde et se prend à l’aimer. Jésus voit la profondeur qui habite cet homme. Il le regarde comme un être à aimer… et il le fait. Il aime cet homme qui vient subitement vers lui, il aime cet homme qui s’interroge, il aime cet homme qui raconte sa manière de vivre sa foi dans le concret des paroles de Dieu que sont les commandements… il n’a rien d’autre à lui dire que : il te manque quelque chose.

Jésus lui adresse une injonction surprenante : va vends tout ce que tu as et distribue-le aux pauvres. Est-ce une provocation ? Je ne le pense pas du tout. Quand Jésus lui adresse cet appel, il le regarde dans les yeux et il l’aime. C’est un appel d’amour pour cet homme que d’aller dans le sens de ce que Jésus lui dit. C’est un nouveau chemin que le Christ lui indique, à lui, à ce moment, et pas à un autre. Certes les premiers croyants vivrons du partage de leur biens (voir les livre des Actes des apôtres), mais cet appel est ici personnel, comme ce regard de Jésus pour cet homme-là.

L’Evangile est partage et il nous invite à répondre à l’amour que Dieu nous manifeste par la solidarité et le partage… aussi de nos biens. Là-dessus il n’y a pas ambiguïté. Mais la manière d’y répondre dépend de nos situations personnelles. Par contre, on peut ajouter que si l’Evangile ne nous coûte rien, alors qu’a-t-il comme place dans nos vies ?

Si aujourd’hui nous nous préoccupons bien moins dans la société de la vie éternelle et surtout de la crainte d’y rater son accès, nous n’échappons pas à ce qui a de l’importance, ce qui est essentiel, ce qui est un trésor pour reprendre le terme biblique de ce passage. Or, ce qui est le plus essentiel dans cette rencontre avant d’accéder à la vie éternelle, c’est l’amour en tant que rencontre, en tant que nouvelle possibilité de vie.

On nous dit que l’homme s’en alla tout triste, car il avait de grands biens. On ne sait pas ce qu’il aura fait par la suite, mais sur le moment il ne peut pas regarder son manque en face, cet un abîme que rien ne peut combler, même pas sa grande fortune. Avant de faire quoi que ce soit, il lui faudrait reconnaître son manque pour aller de l’avant et réenchanter sa vie (l’homme s’assombrit) par un élan autre et nouveau.

Laissons-nous regarder par l’amour du Christ et marchons en nouveauté de vie.

Seigneur, merci parce que tu ne me juges pas
et tu me vois tel.le que je suis.
Tu connais mes manques,
mes attentes secrètes,
mes espoirs inassouvis.

Que ton regard devienne le mien
pour toutes celles et tous ceux que je rencontre,
fait d’un amour qui n’enferme pas l’autre
dans une boite du prêt-à-juger.

J’ai besoin, Seigneur,
de me sentir libéré.e par toi
pour vivre pleinement,
ici et maintenant,
ce à quoi tu m’invites à vivre avec les autres.

Merci pour ta bonté et ton amour,
qu’ils se multiplient et atteignent les gens que j’aime.
Bénis sois-tu, Seigneur. Amen.

Jean Biondina, pasteur