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Hymne à la joie

Beethoven a mis en musique sa 9e symphonie ou Hymne à la joie que vous aurez peut-être en tête en ce moment. Paul, l’apôtre, invite à cette joie. Souvent on perçoit en Paul un homme austère, et les protestants paraissent aussi enveloppés d’une austérité qui peut sans doute leur donner un air distant. Aujourd’hui cet hymne à la joie est proposé pour goûter à une foi qui vibre et fait vivre. Pas de méthode Coué, mais l’écoute et la médiation de cet extrait d’une lettre que Paul envoie à la communauté de Philippe :

« Réjouissez-vous dans le Seigneur en tout temps ; je le répète, réjouissez-vous. Que votre bonté soit reconnue par tous les hommes. Le Seigneur est proche. Ne soyez inquiets de rien, mais, en toute occasion, par la prière et la supplication accompagnées d’action de grâce, faites connaître vos demandes à Dieu. Et la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, gardera vos cœurs et vos pensées en Jésus Christ. » (Philippien 4, 4-7)

Se réjouir est une belle invitation à célébrer la vie et à se pencher sur les petits détails qui donnent sens dans ce qui se passe au cours de nos journées. Mais Paul nous dit de nous réjouir dans le Seigneur. Qu’est-ce à dire ?

La joie dans la Bible, c’est pour le langage hébreu se retourner, pivoter sur soi-même, trépigner…ici le corps est sollicité pour exprimer la joie. Le peuple exprime sa joie dans le culte rendu à son Seigneur. On se réjouit d’un événement favorable ou encore de la présence aimante de Dieu. Les festivités et réjouissances populaires lors d’un sacrifice ou d’une fête religieuse se manifestent par la danse, un bon repas ou de la musique. Dans le Nouveau Testament cette joie est plutôt liée au Christ et son ministère messianique qui inaugure des temps nouveaux en offrant le salut et de ce fait en modifiant le cours de l’histoire humaine. La joie marque l’irruption du Royaume de Dieu et manifeste dans les croyant.es cette présence du Christ ressuscité. Au cœur de l’adversité la joie est signe de la liberté donnée par le Christ. En dépit des angoisses ou toute crainte liées aux circonstances de l’existence, les croyant.e peuvent vivre dans cette joie donnée. Elle est un don du Seigneur.

Sur le plan de nos émotions, la joie est l’expression du bonheur que nous pouvons connaître. Ce bonheur est fondé sur la réalisation des valeurs qui nous portent et donnent sens à nos vies. Etre dans la joie, c’est être dans l’accomplissement de soi.

Dans notre passage, nous sommes invités comme croyant.e à nous réjouir dans le Seigneur. Drôle d’expression. Se réjouir ou être dans le Seigneur, c’est comme être entouré, empreint d’une présence autre que la sienne. Ici on peut dire que la présence de Dieu exerce une influence positive sur le ou la croyante. Une influence bonne, « Que votre bonté soit reconnue par tous les hommes », est le lieu de vérification de cette présence. La bonté, ce qui est bon, ce qui procure de la bienfaisance appartient au domaine du Seigneur et conduit à la joie. Faire le bien est source de joie et de satisfaction personnelle. Nous pouvons le constater à notre niveau c’est quand nous faisons le bien que notre être se construit positivement et nos relations en sont améliorées. Pas toujours il est vrai, car cela dépend aussi des autres. On ne partage pas tous les mêmes valeurs dans ce domaine. Pour certains, c’est en dépassant les autres, en jouant des coudes que l’on réussit dans l’existence. Eh bien ici le message de Paul va dans le sens de chercher à cultiver la joie… avec l’autre.

Nous constatons que Paul n’invite pas à l’oubli de soi quand il ajoute « Ne soyez inquiets de rien, mais, en toute occasion, par la prière et la supplication accompagnées d’action de grâce, faites connaître vos demandes à Dieu ». En fait au lieu de cultiver des soucis (jaunes comme les fleurs), nous pouvons cultiver l’art de poser devant Dieu ce qui nous préoccupe… car le Seigneur sait très bien que nous sommes des personnes qui avons mille et un soucis. Se décharger des soucis, les remettre à Dieu est une école de la « dépréoccupation » de soi pour concentrer notre attention vers autre que soi-même. Ce faisant, la vie en est plus riche, plus intense, plus apaisée… car c’est Dieu lui-même qui nous offre cette paix intérieure dont nous avons toutes et tous tant besoin.

Quelle est LA préoccupation en ce moment que vous aimeriez confier à Dieu ?

Jean Biondina, pasteur