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Et la chair se fait verbe !

Non, non ce n’est pas une erreur, même si habituellement nous disons que la Parole s’est faite chair. Il s’agit ici de mettre en évidence le fait que, malgré nous, notre corps parle aussi quand nous pensons trop souvent que seuls les mots prononcés ont une puissance communicationnelle. Voyons cela en comparaison à ce que nous trouvons dans l’Evangile de Jean (chap. 1) : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était tourné vers Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement tourné vers Dieu. Tout fut par lui, et rien de ce qui fut, ne fut sans lui. En lui était la vie et la vie était la lumière des hommes, et la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point comprise. (…). Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous et nous avons vu sa gloire, cette gloire que, Fils unique plein de grâce et de vérité, il tient du Père. »

Le Verbe s’est fait chair est une expression spirituelle pour dire que Dieu vient en notre humanité comme un homme en Jésus. Oui, pour la foi chrétienne, Jésus est tout à fait Dieu et tout à fait un homme, c’est sa double nature, humaine et divine.

L’autre jour, j’ai entendu à la RTS (émission Tribu) l’avocat Bertrand Périer parler de l’art oratoire pour se sentir à l’aise en public. Il a employé cette expression inversée du verbe fait chair en disant que son travail auprès des jeunes montre que la chair se fait verbe quand il leur apprend à mieux maîtriser la parole et le geste qui lui est lié.

Ce croisement parole et corps nous montre deux types de mouvement.

D’abord quand la parole se fait chair, c’est le mouvement de Dieu vers nous, non pas pour se distraire d’un ennui divin, mais dans un profond désir de communion avec tous les humains, par amour, par passion. Dieu n’a pas besoin de nous et pourtant il s’est créé lui-même cette relation à un être qu’il a fait à son image. La Parole de toute éternité devient parole humaine, incarnée en Jésus et prolongée en chacun des croyant.es.

Ensuite, quand Bertrand Périer parle spontanément de la chair qui se fait verbe, il met en avant que notre parole ne se peut hors de notre corporéité ; nous sommes ce que nous parlons et nous parlons ce que notre corps en dit. Oui, nous le remarquons souvent, notre corps parle sans cesse. Quand nous transpirons en éprouvant une émotion de gêne qui dénonce en nous un sentiment d’amour amoureux pour quelqu’un d’autre. La peur qui se remarque par une crispation du visage ou des mains qui se tordent. La joie qu’un sourire silencieux traduit naturellement. Bref, nous ne cessons de communiquer même sans parler.  Nos gestes intentionnels ou non contrôlés parlent de nous aux autres.

Or, pour revenir à cet élan d’amour de Dieu qui vient habiter parmi les humains, c’est aussi de la réconciliation des langages dont il s’agit. Se sentir bien dans la relation avec l’autre fait que nous n’avons pas besoin de contrôler nos faits et gestes, nos paroles habiles ou malhabiles. Se sentir bien et en harmonie, c’est savoir fondamentalement que même si je me trompe, l’autre me reçoit, m’accepte tel que je suis. C’est ce que Dieu fait par Jésus : il réconcilie tout en moi par son pardon et son amour. Il me reçoit dans la globalité de mon être doué ou pas, fort ou faible, intelligent ou pas trop. Dieu, par Jésus, ne refuse personne. C’est souvent nous qui mettons une barrière là où Dieu les a toutes levées. Nous nous interdisons la parole, nous l’amputons de son pouvoir créateur qui permet de retrouver la relation à l’autre. Se laisser trouver par le Christ, n’est-ce pas laisser entrer au cœur du cœur de nos existences sa lumière et sa vie ? « En lui était la vie et la vie était la lumière des hommes ».

Jean Biondina, pasteur