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En route, poursuivez votre chemin !

Quand on marche tranquillement sur un sentier pour se promener, c’est agréable… à moins de rencontrer un chien qui vous regarde de travers et commence à vous tourner autour et vous renifler. Ça, c’est quand on est apeuré par les chiens, et cela arrive parfois. La balade devient vite alors une inquiétude et le pas se fait plus rapide, on change de parcours pour se retrouver vite chez soi. Poursuivre sa route dans ce cas dépendra alors de l’état psychique dans lequel on se trouve sur le moment.

Paul ne promène pas son chien quand il écrit à la communauté de Colosses, mais il la sait en danger. Elle est secouée par des tensions internes puisque certains pensaient dépasser l’évangile notamment par des spéculations sur le monde des puissances célestes, par la pratique ascétiques et des formes de légalisme. Bref, la communauté connaît des tensions énormes. Paul est en prison quand il leur écrit ceci :
«Poursuivez donc votre route dans le Christ, Jésus le Seigneur, tel que vous l’avez reçu ; soyez enracinés et fondés en lui, affermis ainsi dans la foi telle qu’on vous l’a enseignée, et débordants de reconnaissance. » (Epitre aux Colossiens, chap. 2, versets 6-7)

C’est donc à distance que Paul s’adresse à cette communauté qu’il n’a d’ailleurs jamais rencontré. Il s’inquiète à leur propos, car il s’inquiète de l’avenir de toutes ces petites communautés dispersées dans le monde romain d’alors.

Poursuivez votre chemin, c’est dire qu’ils sont déjà en route, qu’ils sont croyants. Pourtant Paul a peur des mauvaises influences qui pourraient les atteindre au point qu’ils abandonnent la foi en Christ. De nos jours on pourrait entendre dire : la belle affaire, pourvu qu’ils soient heureux, qu’ils croient ou qu’ils ne croient pas !
Eh bien, Paul ne l’entend pas de cette oreille… et quand un gros toutou lui tourne autour, il ne lui montre pas ses talons pour s’enfuir au loin vivre dans une paisible tranquillité, au coin d’un feu, un roman à la main. Paul, et il le dit dans le passage qui précède, mène un combat, celui de la foi dans le Christ Jésus. Pourquoi ? Simplement parce qu’il a fait une rencontre avec le Christ ressuscité et que cela a totalement changé sa vie. Il croit que le Christ sauve l’humain de son erreur fondamentale d’éloignement de Dieu… et des autres, qui se traduit de multiples manières, dont l’égoïsme, la violence sous toutes ses formes, le désir de domination de l’autre en sont quelques-unes des manifestations. Il découvre le Christ qui le libère et lui adresse le pardon de Dieu de manière irrévocable ; ce pardon qui rétablit l’humain dans sa pleine humanité et entière responsabilité de créature divine.

Je m’envole un peu c’est vrai, mais quand je lis les écrits pauliniens je trouve cette passion du croyant qui se sait sauvé et remis à sa juste place par la mort et la résurrection de Jésus. Et ça vaut toutes les richesses du monde. Alors quand il dit Poursuivez donc votre route dans le Christ, Jésus le Seigneur, tel que vous l’avez reçu, c’est se souvenir de quoi ce chemin est formé… ce que Dieu a déjà fait dans mon passé, par amour et dans une générosité qui dépasse les frontières de notre univers.

Enfin, Paul invite ses interlocuteurs à prendre racine dans ce qui les fait vraiment vivre au fond d’eux quand il ajoute soyez enracinés et fondés en Christ.

On peut se poser la question chacun.e pour soi : où se trouvent les racines de ma vie ? Qu’est-ce qui la nourrit et la fait croître ? Est-ce ma bonne humeur et ma jovialité ? Est-ce mon optimisme et mon positivisme face à la vie ? Je sais bien que nous ne sommes pas tous égaux face à la vie et que nous devons tous lutter d’une manière ou d’une autre pour faire face aux défis de l’existence. Si nous avons une santé déficiente – et aujourd’hui on ne parle que de ce risque-là – il s’avère que cette question se pose de multiples façons tous les jours ou du moins régulièrement. Or, nous ne pouvons pas dresser une hiérarchie des défis pensant que certains sont plus importants que d’autres sans courir le risque de mépriser celles et ceux pour qui tel problème est une montagne alors que pour moi, je règle la question facilement.

Si je regarde à moi, il se peut que je me décourage. Alors peut-être que je suis invité.e à regarder vers le Christ Jésus pour lui demander la paix intérieure, la force et le courage pour relever les défis quotidiens : Seigneur Jésus, je te nomme ce qui est trop lourd sur le sentier de ma vie et je te le remets, afin que tu m’aides à poursuivre ma route avec les hommes et les femmes, les frères et sœurs dans la foi et en humanité que tu places à mes côtés… et vers qui tu m’envoies aussi.

Jean Biondina, pasteur