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En premier, la vie.

Nous redécouvrons très heureusement en ce temps de pandémie que la vie est à privilégier, avant même l’économie. Certes une chose est liée à l’autre car nous ne pourrons pas rester dans cette situation d’urgence plus qu’il ne faut. Tout est question de savoir interpréter les indications que fournissent les sciences pour ensuite poser des priorités. Il n’empêche que ce qui nous a fait entrer en phase de confinement, c’est l’idée que l’humain prime avant tout. Nous pouvons applaudir ce choix de société afin de ne pas tomber dans un faux darwinisme qui ferait croire que ce sont les plus forts qui doivent l’emporter sur les plus faibles. Certains ne sont pas loin de cette idée… en pensant, avant la pandémie, qu’une bonne guerre remettrait de l’ordre sur cette planète surpeuplée. Nous faisons face aujourd’hui à des réalités inconnues jusqu’alors ; se pose la question des valeurs qui dictent les choix que nous posons comme société et comme individus.

Le passage d’aujourd’hui est tiré de la première lettre de Jean. Nous en approcherons le prologue qui donne une vision de la foi et du monde à travers la vie désirée par Dieu. Ecoutons-le :

« Ce qui existait dès le commencement, nous l’avons entendu, nous l’avons vu de nos propres yeux, nous l’avons regardé et nos mains l’ont touché : il s’agissait de la Parole qui donne la vie.

Cette vie s’est manifestée et nous l’avons vue ; nous lui rendons témoignage et c’est pourquoi nous vous annonçons la vie éternelle qui était auprès du Père et qui nous a été révélée.

Ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons à vous aussi ; ainsi vous serez unis à nous dans la communion que nous avons avec le Père et avec son Fils Jésus-Christ.

Et nous écrivons ceci nous-mêmes afin que notre joie soit complète. » (1 Jean 1, 1-4)

La Parole d’un dieu lointain s’est faite proche de nous à travers Dieu qui prend chair humaine. Ce fait de croyance est pour certains inaudible car la nature même de Dieu est de ne pas se mélanger à l’humain. Dieu est tout autre et son altérité fait qu’il ne peut se mélanger à notre monde.

Ce n’est pas le message de la foi chrétienne, car Dieu se fait tellement proche de nous qu’il nous devient semblable en tout, sauf en ce qui concerne le mal. Dieu lointain et Dieu proche, c’est la figure de Jésus le Christ qui l’incarne. Ça peut paraître abstrait et trop théologique, mais c’est le cœur du message de Jésus : Dieu vient parmi nous comme l’un des nôtres pour nous sauver de notre humanité qui dérive de son origine voulue par Lui.

Pour dire cela, Jean met l’accent sur le fait que certains ont été des témoins oculaires de la venue de Dieu sur terre, ils ont connu Jésus et ont vécu avec lui durant ses trois ans de ministère. Avec cet écrit, nous nous trouvons vers la fin du 1er siècle de notre ère. Nous sommes à la deuxième, voire la troisième génération de croyants et les témoins sont âgés, très âgés. Pour nous, c’est comme des témoins de la dernière guerre mondiale.

Jean est inquiet et cherche à transmettre ce qui représente à ses yeux une véritable pratique de la foi, concrète et réelle. Il fait face à des croyants gnostiques qui altèrent cette foi, notamment en prétendant que Jésus n’est pas Fils de Dieu. Pour faire court, Jean voyait en eux un réel danger pour la foi, c’est pourquoi il insiste sur l’idée d’une vie chrétienne conséquente, cohérente, engagée et pas seulement théorique et évanescente.

Ce qui ressort fortement dans ce passage c’est le thème de la vie. Le mot « vie » revient 11 fois dans cette lettre, c’est dire que la vie est au centre du débat théologique de Jean. L’essentiel, c’est de vivre en plénitude, totalement, réellement, concrètement sa foi. Cette vie est antécédente à toute vie humaine et prend sa source en Dieu et en sa Parole qui nous est donnée à entendre. Pourquoi ? Simplement parce que cette Parole de Dieu incarnée en Jésus peut prendre vie en nous dans l’espérance qu’elle représente, dans la mobilisation qu’elle provoque en soi et pour les autres, une foi en marche au quotidien. Si Dieu donne vie, alors la vie vaut la peine d’être pensée et vécue.

La joie dont il est question à la fin de ce passage exprime pour l’auteur de cette lettre, une forme de plénitude qui se réalise de pouvoir dire ce qui est le plus essentiel pour lui. C’est de témoigner de la vie du Christ Jésus comme centre de son existence, cœur de sa vie, vibration intérieure de son existence. L’essentiel de l’essentiel est là, pas ailleurs. C’est sa joie et il désire la communiquer pour donner vie et liberté à ses lecteurs.

Qu’est-ce qui est au cœur de votre cœur, âme de votre âme, au centre de votre vie, ce qui la fait palpiter de joie et de plaisir, qui lui donne l’élan de partager ce qui est primordial avec les autres ?

Jean Biondina, pasteur