Menu Fermer

Du goût à la vie

Vous voilà invité.e chez des amis et le repas servi n’est pas à votre convenance. Allez-vous faire une remarque ? S’il manque du sel, allez-vous leur demander la salière ou ne rien dire. Pas facile de doser du sel dans les aliments pour leur donner toute leur saveur. J’avais entendu un ex-grand chef de cuisine du côté de Crissier dire qu’il avait supprimé sur ses tables toutes les salières car des clients – avant même d’avoir goûté à sa préparation culinaire –  arrosait le plat de sel. Pour lui cela gâchait le plaisir du palais. Un peu de sel ou trop de sel… et la vie a un autre goût. Jésus en parle dans son enseignement par ce passage de Luc :

« Le sel est une bonne chose. Mais s’il perd son goût, comment pourrait-on le lui rendre ? Il n’est alors bon ni pour la terre, ni pour le fumier ; on le jette dehors. Écoutez bien, si vous avez des oreilles pour entendre ! » (Luc 14, 34-35)

Le sel dont la formule chimique est NaCl est un composé simple de deux atomes pour former une molécule qui change la vie. En effet le sel « diminue l’amer et le sucré, pondère l’acide et participe à l’intensité de l’umami (goût des glutamates et des nucléotides). Le sel met en valeur l’aliment et quand on en met trop, il domine et arrache tout sur son passage et fait courir le risque d’hypertension à l’organisme humain. Le sel est aussi un excellent agent de conservation des aliments. Ce bref passage sur les vertus du sel nous démontre que Jésus tape dans le mille une fois de plus avec cette image basique pour dire un positionnement de vie.

Jésus invite à ne pas s’affadir dans sa foi. Qu’est-ce à dire ? Comment – à l’image du sel qui perd de sa saveur – peut-on perdre Christ en soi, sa présence ? On peut reprendre cet adage « loin des yeux, loin du cœur ». Les relations s’entretiennent sur le plan humain comme sur le plan spirituel.

J’entends souvent les gens rencontrés me dire qu’ils ne sont pas pratiquants, croyant.e mais pas pratiquant.e. Qu’est-ce que cela recouvre ? Derrière cette expression la pratique dont il est question ressemble au fait de venir ou non au culte. La belle affaire ! Si plus de personnes venaient au culte, j’en serais le premier heureux. Pourtant je pense que fréquenter le culte est fait plus pour nourrir sa foi que de la vivre. C’est au jour le jour que l’on est appelé par le Christ à vivre de la foi en lui, c’est-à-dire de vivre des relations interpersonnelles empreintes de son commandement d’amour : « Aimez-vous les uns les autres. Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. » (Jean 13, 34). C’est la saveur principale à donner à nos vies.

Pourquoi la saveur de l’amour ?

Un peu à l’image du sel : trop peu… pas de goût à sa vie et à celle des autres… trop salé, c’est envahissant et ça prend toute la place. Du sel… juste ce qu’il faut pour mettre en valeur les aliments auxquels il se mélange.

Sans amour… où est la saveur dans la vie ?

Quand Jésus prend cette image du sel qui perd de sa saveur… il exagère un peu car le NaCl est une structure stable et il n’est pratiquement pas possible qu’il perdre ce qui le qualifie dans sa spécificité. Mais alors, serait-ce à dire que s’il est impossible au sel de se dessaler, il serait possible aux disciples de Jésus de perdre de leur saveur… de perdre la foi peu à peu ? Jésus nous avertit de ce risque.

J’ai vu bien des croyant.es laisser tomber peu à peu la dimension de foi dans leur vie et s’éloigner du Christ. Soit par déception de relations qui se sont mal passées au sein d’une communauté ou par fatigue personnelle, ne voyant plus Dieu agir en eux et autour d’eux.

Ce n’est pas pour rien que Jésus adresse cette invitation à veiller à sa foi. Le risque existe de ne plus croire. Si la foi ne joue plus de rôle dans ma vie, qu’est-ce que cela change pour moi ? Si cela ne change rien, alors on peut se demander de quelle foi est-ce que j’ai vécu jusqu’ici. Si cela change pour ma vie, alors ça vaut la peine d’entretenir la foi comme on entretient son corps, ses amitiés, ses relations. Avec ce Covid 19 vous aurez sans doute pu mieux vérifier ce qui est essentiel pour vous. Dieu y tient-il directement ou indirectement une place ?

Écoutez bien, si vous avez des oreilles pour entendre ! dit Jésus… sans doute parce que l’écoute de sa Parole peut jouer un rôle pour entretenir ce sel de vie en vous. Qu’en pensez-vous ?

Jean Biondina, pasteur