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Dispersez-vous, c’est une bonne nouvelle !

Les premiers croyants sont assez vite persécutés, mais paradoxalement c’est une chance. En effet, s’ils avaient pu rester tranquillement ensemble, on peut se douter qu’ils seraient restés repliés sur eux-mêmes. C’est un réflexe humain. Très souvent ce sont les circonstances extérieures à nous-mêmes qui nous poussent à sortir de notre zone de confort, n’est-ce pas ? Le comble pour ces croyants juifs de la première heure devenus « chrétiens » malgré eux (nous y reviendrons dans une autre méditation), ils sont envoyés vers leurs pires ennemis depuis des générations : les Samaritains. Imaginez votre ennemi, cette personne avec qui vous auriez du mal à être confiné dans un même lieu, c’est vers lui ou elle que Dieu vous envoie annoncer une bonne nouvelle, or Dieu les aime comme il vous aime. Le passage est un peu long, mais le couper fait perdre du sens. Alors courage :

« Ceux donc qui avaient été dispersés allèrent de lieu en lieu, annonçant la bonne nouvelle de la Parole. C’est ainsi que Philippe, qui était descendu dans une ville de Samarie, y proclamait le Christ. Les foules unanimes s’attachaient aux paroles de Philippe, car on entendait parler des miracles qu’il faisait et on les voyait. Beaucoup d’esprits impurs en effet sortaient, en poussant de grands cris, de ceux qui en étaient possédés, et beaucoup de paralysés et d’infirmes furent guéris. Il y eut une grande joie dans cette ville. Or il se trouvait déjà dans la ville un homme du nom de Simon qui faisait profession de magie et tenait dans l’émerveillement la population de la Samarie. Il prétendait être quelqu’un d’important, et tous s’attachaient à lui, du plus petit jusqu’au plus grand. « Cet homme, disait-on, est la Puissance de Dieu, celle qu’on appelle la Grande. » S’ils s’attachaient ainsi à lui, c’est qu’il les maintenait depuis longtemps dans l’émerveillement par ses sortilèges. Mais, ayant eu foi en Philippe qui leur annonçait la bonne nouvelle du Règne de Dieu et du nom de Jésus Christ, ils recevaient le baptême, hommes et femmes. Simon lui-même devint croyant à son tour, il reçut le baptême et ne lâchait plus Philippe. A regarder les grands signes et miracles qui avaient lieu, c’est lui en effet qui était émerveillé.

Apprenant que la Samarie avait accueilli la parole de Dieu, les apôtres qui étaient à Jérusalem y envoyèrent Pierre et Jean. Une fois arrivés, ces derniers prièrent pour les Samaritains afin qu’ils reçoivent l’Esprit Saint. En effet, l’Esprit n’était encore tombé sur aucun d’eux ; ils avaient seulement reçu le baptême au nom du Seigneur Jésus. Pierre et Jean se mirent donc à leur imposer les mains, et les Samaritains recevaient l’Esprit Saint. Mais Simon, quand il vit que l’Esprit Saint était donné par l’imposition des mains des apôtres, leur proposa de l’argent. « Accordez-moi, leur dit-il, à moi aussi ce pouvoir, afin que ceux à qui j’imposerai les mains reçoivent l’Esprit Saint. » Mais Pierre lui répliqua : « Périsse ton argent, et toi avec lui, pour avoir cru que tu pouvais acheter, avec de l’argent, le don gratuit de Dieu. Il n’y a pour toi ni part ni héritage dans ce qui se passe ici, car ton cœur n’est pas droit devant Dieu. Repens-toi donc de ta méchanceté, et prie le Seigneur : la pensée qui t’est venue au cœur te sera peut-être pardonnée. Je vois en effet que tu es dans l’amertume du fiel et les liens de l’iniquité. » Et Simon répondit : « Priez vous-mêmes le Seigneur en ma faveur, pour qu’il ne m’arrive rien de ce que vous avez dit. » Pierre et Jean, après avoir rendu témoignage et annoncé la parole du Seigneur, retournèrent alors à Jérusalem ; ils annonçaient la Bonne Nouvelle à de nombreux villages samaritains. » (Actes 8,4-25)

Philippe est en pleine mission. Une mission qui offre aux destinataires du bien, des guérisons, de la liberté. Il met en œuvre et offre ce qu’il a reçu, gratuitement. Cet engagement est total, il concerne la personne tout entière qui offre et la personne tout entière qui reçoit. Le résultat de la Parole annoncée est la joie vécue. Cette joie est signe de liberté et d’acceptation libre de la part des Samaritains. A propos, les Samaritains sont les ennemis héréditaires des Juifs et vice-versa. Depuis quelques siècles déjà. Au temps où le pays avait été envahi par les Babyloniens et que des mélanges de peuplades et de religions en avaient été la résultante. Ce mélange insupportait les Juifs puristes. A l’origine les Samaritains étaient aussi de purs Juifs. Bref, le métissage est une notion qui ne passait pas les frontières morales et religieuses de l’époque. On ne se parlait pas entre Juifs et Samaritains. Alors quand Jésus avait ouvert la porte par exemple en racontant une fameuse parabole mettant en scène un Samaritain bienveillant (Luc 10) ou lorsqu’il rencontre la Samaritaine au bord du puits (Jean 4), les disciples ont dû s’en souvenir et comprendre encore mieux son enseignement. La rencontre, impossible par le passé, devient possible à cause de la foi en Christ. C’est ça qu’il faut retenir comme élément constructif d’un monde selon l’espérance chrétienne. Et même les chrétiens par la suite l’ont oublié. Nous l’oublions chaque fois que nous dressons des barrières là où l’Evangile désir dresser des ponts.

Reste qu’un obstacle humain risque de tout mettre à terre. On appelle cela le « simonisme » qui consiste à vouloir monnayer la spiritualité. Simon est décrit comme un homme ayant un pouvoir reconnu qui faisait que l’on s’attachait à lui, premier indice. Ensuite il tenait les gens par des effets qui créaient une forme de dépendance avec ce gourou. Enfin, quand Simon a vu une possibilité d’accroître son aura et son pouvoir, il n’hésite pas à proposer un marché aux deux apôtres venus en délégation pour soutenir l’œuvre gratuite de l’amour qui rapproche de Dieu et des autres. On ne monnaie pas la grâce. La grâce est ce don gratuit d’amour et de pardon de la part de Dieu pour tous les humains de tous les temps.

On trouve dans ce récit une mise en garde contre les gourous de tous poils qui exercent une maîtrise sur les autres et créent des dépendances qui n’ont rien à voir avec la libération christique donnée sans rien en échange. Ce peut être une dépendance par l’argent (qui est souvent le signe que quelque chose cloche dans la relation), mais aussi par la pensée : on doit penser comme le maître le dit et en général il n’y en a qu’un qui pense, c’est lui et pas la personne dépendante. On dépend de son interprétation des écrits de référence, bref une dépendance psychologique forte qui empêche de développer une pensée propre et libre. On trouve cela dans les sectes, mais aussi chez des individus.

La fin de non-recevoir de la part des apôtres face à Simon le magicien est totalement salutaire, car il est malin comme un diablotin celui (ou celle) qui manipule : « Accordez-moi, leur dit-il, à moi aussi ce pouvoir, afin que ceux à qui j’imposerai les mains reçoivent l’Esprit Saint. »… mais il n’a pas compris que les apôtres n’ont pas de pouvoir en dehors de leur service au Christ. Service et non se servir. Là est la différence fondamentale. Pour Simon, il ne lui reste que la voie du repentir, c’est-à-dire de reconnaître son erreur et de changer de comportement.

Que la joie vous habite et que le Christ vous montre le chemin de la liberté qu’il nous offre gratuitement.

Jean Biondina, pasteur