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Dans l’humus de ma vie

Chant des montées.
De David.

SEIGNEUR,
mon cœur est sans prétentions ;
mes yeux n’ont pas visé trop haut.
Je n’ai pas poursuivi ces grandeurs,
ces merveilles qui me dépassent.

Au contraire,
mes désirs se sont calmés et se sont tus,
comme un enfant sur sa mère.
Mes désirs sont pareils à cet enfant.

Israël, mets ton espoir dans le SEIGNEUR,
dès maintenant et pour toujours.

Psaume 131

Ce psaume de confiance est un apaisement sur la route du pèlerin qui se rend à Jérusalem. Le voyage à l’époque était long et pas sans danger. Ce pèlerinage devient celui de la vie où nous rencontrons toutes sortes d’obstacles à franchir, toutes sortes de défis à relever.

Le psalmiste chante son Seigneur pour se donner du courage, pour apaiser sa vie, pour se ressourcer et voir apparaître petit à petit dans un horizon lointain les contours du temple où il pourra venir célébrer Celui qui est son créateur, Celui qui a conduit son peuple avec patience durant sa longue pérégrination dans les déserts de l’existence.

Dieu s’est fait proche de nous par son Fils aimé et il est devenu l’un des nôtres. Il chemine sur nos routes comme il l’a fait sur les chemins de Palestine avec ses disciples ou après sa résurrection avec les disciples d’Emmaüs.

Alors avec le psalmiste nous pouvons reprendre ces mots et les habiter à notre tour au cours du pèlerinage de nos vies ici-bas. Un cœur sans prétentions n’est pas dépourvu d’intentions. On pourrait se dire que plus on s’efface devant Dieu et mieux c’est. Non, ici le psalmiste prend le contrepied d’un cœur arrogant qui n’en ferait qu’à sa tête, un cœur gonflé d’orgueil, plein de suffisance. Celui-ci n’a même pas besoin de se présenter devant Dieu, car il se suffit à lui-même.

Le psalmiste est humble. Humble comme l’humus, la terre d’où il a été tiré comme le premier Adam. De l’hébreu, adâm, le terreux, vient de l’adâmâ, la terre (cf Genèse 2, 7), l’homme est de nature humble (humus, terre en latin). Ce priant est humble et revient aux racines de sa vie. Ainsi il peut prier avec un cœur humble, sans prétention.

Sa paix intérieure s’exprime aussi par l’apaisement de ses désirs. Le désir dans la Bible n’est pas à éteindre comme dans le bouddhisme qui cherche ainsi à apaiser la souffrance humaine. Le désir est plutôt à orienter, c’est une force vitale qui peut aller vers le bien ou vers le mal. A nous de faire des choix. Ici le psalmiste a réussi à calmer ses désirs car probablement ils ont exercé une attraction à l’opposé de ce qu’il dit à présent. Dans son aujourd’hui, il est comme un enfant rassasié au sein de sa mère, nourri et en paix. Il n’a plus à courir après la satisfaction de ses désirs. Ce faisant il reconnait qu’il a des désirs, il ne les nie pas, mais ne leur porte plus la même attention dans le calme d’une vie satisfaite. Il a cette image pour décrire ses désirs qui n’ont pas pour autant été évacués. Ils ressemblent à cet enfant apaisés. A-t-il revu la hauteur de ses désirs ou abaisser ses prétentions ? Nous ne le saurons sans doute jamais. Mais ce qui vient en fin du psaume nous donne sans doute une piste : mettre son espoir dans le Seigneur. Serait-ce une manière pour nous de nous débarrasser de nos désirs encombrants ? On fuit ce monde et on se met à croire à fond en Dieu ? Cela reste une fuite, un faux-semblant.

Il me semble que la clé du psaume est bien dans sa fin. Si nous commençons par dire ces paroles qui invitent à mettre notre espoir dans le Seigneur, c’est entrer en chemin de confiance, aller sur la route qui apaise. Trop souvent nous courons sur les sentiers de la réussite, du succès et de la satisfaction sans trop regarder aux autres. Cela devrait nous alerter mais rien ne se passe, sauf quand nous sommes arrêtés par des événements qui viennent se mettre en travers de nos routes… c’est souvent de la sorte que nous raisonnons. Or, le psalmiste ici se dresse en faux contre ce genre de pensée puisqu’il entre humblement en relation avec son Seigneur et peut découvrir, chemin faisant, un apaisement à fréquenter Dieu qui n’attend pas de performance de sa part. Il découvre qu’il peut vivre en profondeur et quand même calmer ses désirs qui ne disparaissent pas pour autant, mais ils sont soignés comme une mère nourrit son enfant et le porte sur elle pour le rassurer.

Bel apprentissage de mise en confiance que ce psaume. Vous pouvez le réciter à votre tour et en laisser la trace en vous, dans l’humus de votre vie.

Jean Biondina, pasteur