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… DANS LE CONFINEMENT, TROUVER DU SENS, SE RESSOURCER, PRIER – 11

Samedi 18 avril

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Cet entre-deux où je me trouve. Confiné, en attente. Avant-hier rassuré, insouciant. Aujourd’hui l’avenir est un brouillard épais. Vers-où-va-t-on ? Le télétravail change la norme metro-boulot-dodo, pour la rendre maison-boulot-maison-dodo. Le foyer, lieu d’une chance extraordinaire où l’on peut jouir de la vie en famille, de nouveaux espaces. Mais aussi des conflits, des tensions qui surgissent avec des dégâts parfois irréparables.Pour certaines professions rien n’a changé, pour d’autres le rythme s’est intensifié. Bientôt ce sera le déconfinement. Avec masque ? jusqu’à quand ? Le masque devient tout un symbole de l’humain menacé, diminué, fragile et dépendant. Dernière étape de l’individualisme sournois qui a caractérisé notre société ces dernières décennies. Voilà maintenant notre « persona » dépersonnalisée. Derrière un bout de tissu nous devenons des robots… C’est le « Meilleurs des Mondes » d’A. Houxley (1931)

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Ce qui me rend triste c’est de voir à quel point je deviens « homo-faber-economicus » désiré, prisé… mais pas chouchouté, plutôt esclave. Pour ceux d’en haut tout doit redevenir comme avant. Pas le temps de se poser des questions, de chercher d’autres solutions, de faire de nouveaux choix, le dieu-capital exige des sacrifices, on lui doit allégeance, obéissance. On nous le rappelle à chaque téléjournal, à chaque conférence de presse. Certains sigles de l’arc parlementaire s’impatientent. Il faut un redémarrage global. Mais il y a aussi ceux qui depuis longtemps déjà font travailler leur imagination et proposent des solutions innovantes, ceux qui prônent le revenu de base universel (Lisa Mazzone, Le Temps, 14.04.2020) ou la transition écologique et de là une économie de la transition, avec des spiritualités de la transition pour redonner à l’humain toute sa valeur, le rendre acteur-citoyen-décideur et pas seulement spectateur-sujet-assujetti.

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Le pire c’est que pour un grand nombre ce sera à nouveau se battre pour un salaire tout juste suffisant, ou même de misère, car bien-sûr il faut sauver les lieux de travail, le petit commerce, les PMA, les indépendants, etc…  Sauver, oui, ce grand tissu dont j’appartiens et qui me nourrit, mais aussi la grande machine, celle qu’on ne voit même pas, dont on est un petit engrenage, pour qu’elle puisse à nouveau tourner. Ceux d’en haut le savent. Habitués à gérer les gros chiffres ils se sentent tout d’un coup désécurisés. Les bourses sont leurs temples, les marchés de l’économie irréelle, les dividendes, l’objet de leurs prières.

Nous sommes en bas, et on ne nous donne pas de voix au chapitre. La Terre nous dit BASTA, depuis longtemps on l’entend. Certains l’ont bien compris. Il y a un tournant à prendre pour la Terre, pour une nouvelle harmonie avec entre elle et l’humain. Ceux d’en haut encore une fois veulent nous faire rater le tournant. C’est peut-être la dernière occasion. Aujourd’hui l’avertissement coute cher. Demain, peut être tellement, que rien ne pourra éviter que le train déraille.  

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À vous, les jeunes pour le climat : quand est-ce que vous pourrez reprendre les rues, les places et les ponts. C’est le moment ou jamais. Mais le virus vous en empêche. Du coup vous ne pouvez plus vous rassembler… On ne vous entend plus… Vous me manquez. Je crains que dans le programme du déconfinement vous arriverez en dernier…

Et il y a longtemps, longtemps… Mais c’est comme si c’était hier, il a dit : Ne vous amassez pas des trésors sur la terre, où la teigne et la rouille détruisent, et où les voleurs percent et dérobent ; mais amassez-vous des trésors dans le ciel, où la teigne et la rouille ne détruisent point, et où les voleurs ne percent ni ne dérobent.… Matthieu 6,19-20. Paroles pleines d’actualité. Ça y est – dira-t-on – le ciel… on renvoie le tout aux dernières calendes… ce sera pour là-haut. Foi aliénante ? Opium du peuple… on connait. Mais le ciel commence en moi-même, dans la reconnaissance et l’accomplissement des meilleures qualités qui m’apaisent et me libèrent, qui me rendent ma liberté d’être, de vivre et de former une communauté vivante avec les autres, au service de la Terre. Fais-toi des trésors dans cette partie de toi-même où tu deviens maître de ton destin, libre de tes décisions et de tes choix, et fraternel.

Carlos Capo, pasteur