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Croire et devenir des insoumis ?

Les premiers croyants remportent un succès à rendre jaloux n’importe quel leader religieux. Il est tel que les autorités d’alors convoquent manu militari, mais avec une douceur apparente, les apôtres pour les sermonner et calmer leurs ardeurs. La réponse des apôtres est sans appel : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. ». Est-ce à dire qu’être chrétien.ne fait de nous des insoumis ? Découvrons ce passage des Actes :

« Sur ces entrefaites le Grand Prêtre et tout son entourage-il s’agissait du parti des Sadducéens-furent remplis de fureur ; ils firent appréhender les apôtres et les jetèrent publiquement en prison. Mais, pendant la nuit, l’ange du Seigneur ouvrit les portes de la prison, les fit sortir et leur dit : « Allez, tenez-vous dans le temple, et là, annoncez au peuple toutes ces paroles de vie ! » Ils l’écoutèrent ; dès le point du jour, ils se rendirent au temple ; et là ils enseignaient. Le Grand Prêtre arriva ; lui et son entourage convoquèrent le Sanhédrin, assemblée plénière des Israélites, et ils envoyèrent chercher les apôtres à la prison. Mais les serviteurs, une fois sur place, ne les trouvèrent pas dans le cachot. De retour, ils rendirent compte en ces termes : « Nous avons trouvé la prison soigneusement fermée, et les gardes en faction devant les portes ; mais quand nous avons ouvert, nous n’avons trouvé personne à l’intérieur. » A l’annonce de ces nouvelles le commandant du temple et les grands prêtres étaient perplexes au sujet des apôtres, se demandant ce qui avait bien pu se passer. Mais quelqu’un vint leur annoncer : « Voici que les hommes que vous aviez jetés en prison se tiennent dans le temple, et ils instruisent le peuple. » Alors le commandant partit avec les serviteurs pour ramener les apôtres, sans violence toutefois, car ils redoutaient que le peuple ne leur jette des pierres. Ils les amenèrent donc, les présentèrent au Sanhédrin et le Grand Prêtre les interrogea : « Nous vous avions formellement interdit, leur dit-il, d’enseigner ce nom-là, et voilà que vous avez rempli Jérusalem de votre doctrine ; vous voulez donc faire retomber sur nous le sang de cet homme ! » Mais Pierre et les apôtres répondirent : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. Le Dieu de nos pères a ressuscité Jésus que vous aviez exécuté en le pendant au bois. C’est lui que Dieu a exalté par sa droite comme Prince et Sauveur, pour donner à Israël la conversion et le pardon des péchés. Nous sommes témoins de ces événements, nous et l’Esprit Saint que Dieu a donné à ceux qui lui obéissent. » (Actes 5, 17-32)

La petite communauté des croyants partage le pain, la prière et leurs biens. Et cela n’est pas passé inaperçu car on leur a également apporté ce qui n’allait pas, comme on l’avait fait du temps de Jésus : les malportants, les malades, les éclopés de la société d’alors. Et eux y prêtaient grande attention et ainsi des miracles se faisaient parce que l’amour circulait et la solidarité fonctionnait. Le reste est l’affaire de l’Esprit qui agissait et guérissait. On aurait pu s’en réjouir dans la société d’alors, mais il faut croire que non puisque les autorités commencent à s’inquiéter de ce succès.

Les disciples sont muselés comme tout individu qui perturbe la quiétude d’un dominateur. Faire du bien passe pour de la concurrence déloyale pour les autorités. On rêve, non ? Comme on rêve chaque fois qu’un dictat s’impose. Bref, les puissants arrêtent les apôtres, les jettent en prison et pensent stopper la bonté, la générosité qui les gênent. Un peu comme quand on a arrêté Jésus, cloué dans la mort pour le faire taire. Les puissants n’aiment pas entendre la voix de ceux qui souffrent, ça fait mal à leurs oreilles. Ils préfèrent ce qui flatte leur égo.

Alors comme le tombeau sera vide au premier jour de la semaine, Luc qui raconte la saga de cette première communauté de croyants, écrit qu’un ange, un envoyé de la part de Dieu, ouvre les portes de la prison comme la porte du tombeau a été roulée. Et la vie peut à nouveau être vécue. Les apôtres sont envoyés au temple, lieu où l’on cherche la relation à Dieu. Leur mission est d’annoncer ce qui fait vivre, la vie nouvelle.

Fantastique, non ? Ce récit peut nous paraître exagéré, mais le message ne l’est pas. Quand on veut faire taire la vie qui réclame de l’amour, du partage, de la solidarité entre humains, Dieu nous donne force et vitalité pour vaincre le mal.

Devant rendre compte de leur comportement face à l’interdiction de ne plus parler de Jésus au peuple (voir Actes 4, 17), les premiers disciples lancent cette phrase célèbre aux autorités religieuses : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. ». Mais attention, il n’est pas question de se révolter contre l’autorité par ce que l’on est croyant. Il est ici question de liberté religieuse, de conscience. Termes qui seront précisés dans les lois et droits modernes. Mais alors jusqu’où pouvons-nous aller (trop loin) en conscience pour vivre les valeurs de l’Evangile ? Peut-on désobéir aux autorités et si oui pourquoi ?

Paul reprendra la question dans sa lettre aux Romains à propos de la question de la soumission aux autorités en concluant que nous devons nous soumettre aux autorités pour autant qu’elles-mêmes soient soumises à Dieu pour faire le bien. Il n’y a pas de pouvoir absolu et de soumission aveugles aux autorités. Les autorités ont un rôle très important dans la régulation du vivre ensemble, mais seulement si elles agissent pour le bien (Romains 13). Il arrive donc parfois qu’on ne se soumette pas à certes règles iniques. Et il n’est pas uniquement question de cela face au nazisme qui a tellement marqué l’histoire récente. En temps normal, et l’épisode de l’arrestation arbitraire des premiers disciples en est un exemple, il se peut que l’on doive s’opposer ou désobéir à une autorité. Dans ce cas, il est de son devoir de se défendre voire d’en assumer les conséquences. On peut ici penser au pasteur Norbert Valley qui avait caché un demandeur d’asile togolais débouté et qui a été finalement acquitté. Ce genre de combat est exceptionnel car la soumission aux autorités suisses est la règle. Mais voilà, ce pasteur a compris qu’« Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes »… dans ce cas.

Ce récit biblique peut nous aider à réfléchir aux limites de toutes sortes d’autorités… civile, militaire, judiciaire, familiale, scolaire, naturelle d’une personne… bref tout ce qui joue un rôle d’autorité. Vous êtes-vous déjà posé ce genre de question ou vous laissez-vous simplement vivre dans une société dite démocratique ?

Jean Biondina, pasteur