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Crainte et amour ne font pas bon ménage.

« De crainte, il n’y en a pas dans l’amour ; mais le parfait amour jette dehors la crainte, car la crainte implique un châtiment ; et celui qui craint n’est pas accompli dans l’amour. » (1 Jean 4, 18)

La crainte suscite la crainte. L’amour suscite l’amour.

Et quand on croise les données, l’un ne peut pas susciter l’autre (la crainte suscite l’amour ou l’amour suscite la crainte). Par contre, Dieu suscite la crainte. Nous retrouvons en effet cette expression surtout dans le premier testament, par exemple dans Proverbes (1, 7) « La crainte du SEIGNEUR est le principe du savoir ; sagesse et éducation, seuls les fous s’en moquent ». Cette crainte est un positionnement juste face à Dieu, Lui qui est la toute puissance et la toute sagesse par excellence. On trouve aussi la crainte comme menace pour suivre les commandements du Seigneur « Lève-toi devant des cheveux blancs et sois plein de respect pour un vieillard ; c’est ainsi que tu auras la crainte de ton Dieu. C’est moi, le SEIGNEUR. » (Lévitique 19, 32). La logique veut que l’on doive craindre Dieu, lui obéir et trembler devant sa face. On trouve également des invitations à ne pas craindre quand le Seigneur se donne à connaître pour recevoir son messager et entendre son message.

Le Christ vient casser ce mécanisme de crainte dans la relation à Dieu par la croix qui brise toute violence humaine et toute séparation d’avec Dieu et les autres. Il instaure une relation de confiance. C’est l’amour qui prime et donne une autre couleur aux relations.

Quand il est dit dans cette première lettre de Jean que dans l’amour la crainte n’a pas de place, nous sommes invités à nous questionner sur nos craintes. Devant Dieu la crainte n’est plus à cause de l’action salvifique de Jésus. Pourtant nous sentons-nous toujours en paix devant Dieu, en nous-même, avec les autres ?

L’amour parfait bannit la crainte. Je crois que ces paroles sont à entendre et réentendre comme un baume sur notre âme parfois chahutée par les aléas de la vie. Soit que nous subissions des difficultés, soit que nous les provoquions, nous ne sommes pas parfaits. On nous dit que l’amour est perfection. Je ne suis pas parfait.e… donc je me demande si l’amour m’habite autant que je le désire. Tout pourrait alors tendre à m’éloigner de Dieu et de son amour. C’est à ce moment que nous pouvons entendre que Dieu a fait ce qui nous est impossible : il pardonne et réconcilie… il est source de tout amour et il nous l’a manifesté par la vie, la mort et la résurrection de Jésus. Paul écrit aux Corinthiens (chap. 13) « Maintenant donc ces trois-là demeurent, la foi, l’espérance et l’amour, mais l’amour est le plus grand ». L’amour est éternel.

Si je cultive une relation où la crainte se loge, que se passe-t-il ? Dans la crainte, se glisse la suspicion, la défiance, le risque de punition, la retenue, la part d’ombre, la peur, l’instabilité. Au contraire, être dans l’amour, c’est la porte ouverte à la liberté, la confiance, l’honnêteté, la joie, le partage sans calcul, la circulation de la parole.

Quand Dieu nous donne comme promesse libératrice l’amour, comme cadeau sans rien exiger d’abord, il nous permet de vivre pleinement notre vie. A nous de redécouvrir sans cesse cette dimension et ne pas nous laisser accuser par d’autres. Si nous avons des choses à régler dans notre existence, nous savons que nous pouvons le faire d’abord par un chemin intérieur en toute confiance devant Dieu. Les expressions extérieures trouveront tranquillement un passage vers les autres, par exemple par le pardon à donner, voire la réconciliation à vivre.

« De crainte, il n’y en a pas dans l’amour », c’est une promesse à vivre petit à petit, à déguster dans la justesse des apaisements spirituels et moraux que nous pourrons apprendre à goûter.

Arrivez-vous à dire pour vous-mêmes « de crainte, il n’y en a pas dans l’amour » dans votre propre vie ?

Jean Biondina, pasteur