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Il n’est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir.

Comme ils sortaient de Jéricho, une grande foule le suivit. Et voici que deux aveugles, assis au bord du chemin, apprenant que c’était Jésus qui passait, se mirent à crier : « Seigneur, Fils de David, aie pitié de nous ! » La foule les rabrouait pour qu’ils se taisent. Mais ils crièrent encore plus fort : « Seigneur, Fils de David, aie pitié de nous ! » Jésus s’arrêta, les appela et leur dit : « Que voulez-vous que je fasse pour vous ? » Ils lui disent : « Seigneur, que nos yeux s’ouvrent ! » Pris de pitié, Jésus leur toucha les yeux. Aussitôt ils retrouvèrent la vue. Et ils le suivirent. Évangile de Matthieu chap. 20, versets 29 à 34
Pour la première méditation proposée sur ce site durant la crise sanitaire mondiale due au Coronavirus, rien de tel que de parler d’aveugles, voire d’aveuglement. A chaque instant les nouvelles et les commentaires qui y sont lié nous abreuvent de conseils ou d’informations plus ou moins étayées. Comme une forêt qui pousserait spontanément, la jungle qui voit le jour peut nous empêcher de percevoir le bon arbre sur lequel se jucher pour prendre un tant soit peu d’hauteur. Avec ce récit de guérison, ça va décoller.
Oui, ce récit de rencontre entre bien-portants et écartés de la société met une fois de plus en avant la manière dont Jésus chemine avec nous. Ce dernier entend les deux aveugles vociférer au milieu d’une foule bien trop préoccupée à le suivre qu’à accorder une attention à ces deux mendiants de bord de route. Comment ces laissés pour compte s’amusent-ils à perturber le cortège ? Ne peuvent-ils pas patienter et attendre leur tour comme tous les autres ? Le bras de fer s’engage entre la foule désireuse de suivre Jésus et les deux compères qui se tiennent par la main et se guide au bruit, mais lequel dans cette masse en mouvement. Tant pis, ils avancent et se font une place par le son, le cri, la demande, leur seule forme de prière : Seigneur, fils de David, aie pitié de nous ! La foule comme toute foule ne peut accepter cette interpellation dérangeante. Imaginez que vous attendez à la caisse de votre magasin avec votre chariot plein de victuailles et de papier wc que vous avez pu sauver in extremis du rayon… et que quelqu’un veuille vous passer devant sans respecter les usages de distance sociale naturellement en vigueur… comment réagiriez-vous ?
Stop, arrêt sur image : Jésus s’arrête et demande aux malotrus de s’approcher. Soudain une haie d’honneur se forme spontanément. Le maître les appelle, dégageons la piste !
Jésus qui n’a rien manqué de la scène d’approche des deux aveugles en confrontation avec la foule s’amuse à leur poser une question qui pourrait paraître quelque peu saugrenue : « que voulez-vous que je fasse pour vous ? ». On se demande qui est aveugle. Est-ce que Jésus ne voit pas qu’ils sont mendiants et de surcroit aveugles quand il les regarde s’approcher ? Alors pourquoi cette question dont la réponse semble plus qu’évidente ? Ben, juste une pédagogie divine avant toute celle que nous avons inventé depuis : il est indispensable que la demande de guérison soit formulée par les personnes elles-mêmes. Nous pouvons penser ce que nous voulons, mais nous ne serons jamais dans la peau de l’autre, car lui seul peut dire sa demande à partir de son vécu. Nous ne pouvons qu’entendre sa demande.
Face à cette demande simple de guérison Jésus est totalement pris aux tripes. Il est ému, compatissant. Il a entendu la fragilité de ces deux hommes à travers leur demande ; ils ont nommé leur souffrance et elle a été reçue à la pleine mesure de celle qu’elle représente à la fois comme limite mais aussi comme attente de changement.
On aimerait pouvoir présenter à Dieu nos souffrances et en être immédiatement guéri comme ces deux hommes. On peut aussi se poser la question de savoir dans ce récit qui est aveugle ? De quelle guérison s’agit-il ? Est-ce que la foule n’a pas à apprendre de cette rencontre incertaine comme nous sommes invités à ne pas regarder l’autre comme celui dont j’ai deviné la place dans la société de part son allure et de ce qu’il présente à mes yeux, car changer de regard, c’est probablement ouvrir les yeux sur l’autre et être un peu plus clairvoyant sur mes propres limites.
Ah, pendant que vous finissiez de lire cette méditation, il se peut bien que le client avec le chariot tout plein de victuailles se soit bel et bien glissé avant vous à la caisse.

Jean Biondina, pasteur