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Appel à la liberté

Dans une nouvelle confrontation, mais cette fois avec « des Juifs qui avaient cru en lui », Jésus appelle à la liberté issue de la libération que Dieu donne. Est-ce à dire que nous pouvons nous croire libre alors que nous sommes asservis à tant de choses ? Le minuscule virus qui perturbe nos vies ne nous montre-t-il pas que nous sommes tellement petit et qu’un moindre rien met à jour nos fragilités, pire nos dépendances ? Bon, il ne faut quand même pas trop exagérer !
Voyons de quelle liberté Jésus nous parle :

« Jésus donc dit aux Juifs qui avaient cru en lui : Si vous demeurez dans ma parole, vous êtes vraiment mes disciples, vous connaîtrez la vérité et la vérité fera de vous des hommes libres. » Jean 8, 31

Vérité et liberté sont des mots nobles et font l’objet de quêtes humaines incessantes. Je veux me sentir libre, je veux pouvoir faire ce que bon me semble… entend-on souvent déclamer ou voyons-nous dans l’attitude de certaines personnes. Oui, mais est-ce à dire que tous les autres – qui ne sont pas des héros – veulent se sentir dépendants, prisonniers de leur existence, de leur routine, de la petite vie qu’ils mènent ? Qui est vraiment libre ? Quand on voit des aventuriers défier dame nature dans des conditions extrêmes pour aligner sur leur cheminée des trophées sublimes, il faut réaliser qu’ils dépendent de tout un staff et d’une logistique qui les soutient dans leur préparation et dans la réalisation de leurs prouesses. Paradoxal, non ?

Vérité et liberté sont-elles des jumelles inséparables ? Pas forcément, car on peut chercher à être libre sans avoir besoin de vérité ou on peut chercher la vérité alors qu’on est prisonnier, par exemple d’un corps malade.

L’humain cherche la vérité au cours de son existence ou, parfois, il ne veut pas voir la vérité en face. Je connaissais quelqu’un qui disait aimer dire la vérité aux autres… mais quand on produisait la même attitude envers elle, elle n’appréciait pas cette franchise. Dire la vérité à l’autre, ce peut aussi vouloir se cacher à soi-même ses propres faiblesses. La vérité, qu’est-ce que la vérité répond Pilate à Jésus constitué prisonnier avant sa condamnation à mort (Jn 18, 38). Oui, la vérité peut aussi faire peur.

« Si l’on interroge bien les hommes, en posant bien les questions, ils découvrent d’eux-mêmes la vérité sur chaque chose », disait Platon. Cette vérité qui se fait accoucher en l’autre à force de l’éveiller à sa propre sagesse. Eh non, la vérité dont parle Jésus n’est pas une sagesse qui élève l’âme et l’humain. Sa liberté à lui est une libération qui vient de la part de Dieu.

Ce que Jésus dit aux Juifs qui se mettent à croire à ses enseignements, c’est que qu’ils ne peuvent pas seulement entendre de belles paroles, mais qu’ils sont invités à en faire un cheminement de vie, une transformation d’existence. La parole entendue qui entre par une oreille et qui ressort de l’autre n’a aucune valeur. C’est juste un bruit qui passe. Tandis qu’écouter la parole de Jésus et y demeurer, c’est-à-dire la laisser faire sa demeure en nous, la laisser nous interroger, nous bousculer, nous remettre en question, c’est devenir disciple… et petit à petit, de parole en parole, d’écoute en écoute, quelque chose se transforme au fond de soi.

Alors quand Jésus dit à ses coreligionnaires juifs qu’ils peuvent devenir libres… c’est la colère, car ils sont des enfants d’Abraham et ils se sentent libres. Et la bagarre s’enclenche sur le rapport à la loi et le respect des commandements. Si on désobéit à un seul commandement, pour Jésus venu apporter une exigence lucide face à la justice humaine, alors on devient esclave et on perd la liberté donnée en Abraham. « Celui qui commet le péché est esclave du péché » dit Jésus. Or, le péché, c’est l’expression de la rupture avec Dieu et avec les autres. Quand Jésus apporte ce nouveau regard, bien plus lucide que le fait de se faire croire à soi-même que l’on est parfait simplement parce que l’on est descendant d’Abraham, il brasse tellement les cartes que ses interlocuteurs Juifs sortent de leurs gonds.

Jésus apporte un regard vrai, la vérité, quand il dénonce l’illusion de se croire dans la juste relation à Dieu par simple appartenance. Et cela n’est pas seulement valable pour les Juifs de son temps qui étaient attirés par son enseignement, mais c’est valable pour nous aussi qui pourrions penser qu’il suffit de… pour être du bon côté, dans le bon camp. Pour Jésus, il n’y a aucun état de fait dans la relation à Dieu, il est plutôt question d’une vraie relation qui s’inscrit dans l’écoute de ce que Dieu a à nous dire. Et cela nous est donné à connaître aujourd’hui en écoutant son message de pardon, de réconciliation avec Dieu à travers Jésus qui se donne et nous aime. La Bible nous rappelle ce message ancré dans l’amour. Il est bon de l’entendre et de le réécouter de temps à autres, car il peut faire écho à ce que nous vivons et nous aider à sortir de nos prisons.

Aujourd’hui, la liberté et la vérité sont malmenées par les circonstances tout à fait exceptionnelles que d’aucuns pourraient imaginer venir d’une manipulation de la part de funestes personnes cherchant à prendre le pouvoir sur le monde. Le diable ne serait pas loin. De mon côté, je pense que notre seule vraie liberté est en Jésus et non dans des messages de peurs, de contraintes morales ou spirituelles. Il nous désire libres, affranchis et capables de penser notre rôle dans ce monde et auprès des hommes, des femmes et des enfants dont nous sommes responsables. La liberté et la vérité du Christ sont enracinées dans le don et dans l’amour, rien n’est plus vrai.

Jean Biondina, pasteur